Les chroniques de Sabine…

La femme qui marche…

 

 

 

Sous une lumière à l’italienne, dans la torpeur sèche d’une plaine, un espace aride, en face les collines alignent à perte de vue leur végétation. Hors sol,  dans une liberté vide,  elle perçoit au loin à peine la vaste rumeur de la ville, anonyme, presque invisible elle part et foule la terre sans s’arrêter comme si elle craignait de s’être trompée d’avenir. Elle croise des lieux, des gens, spectatrice des autres, le regard perdu dans l’océan d’images elle les scrute pour un peu plus tard les faire exister réels par l’écriture. A l’arrêt, captive devant une reproduction d’une toile de Renoir, sur le bord du chemin  ombreux un arbre chantant, dans son feuillage dense, sont dissimulés des oiseaux. L’air est chaud, entre de longs silences qui ne pèsent à personne, ses pensées bourdonnent nouées les unes aux autres,  elle pense à vous…parfois au bord du vertige,un peu sonnée par le feu du soleil, elle lève la tête,  rejette ses cheveux noirs par-dessus son épaule, redresse son dos et allonge son pas. Il y a les grands espaces verts, les potagers partagés, les arbres, la rivière pour se baigner, soudain un bruit, un pas, d’ infimes changements qui la mettent en alerte, elle accélère, au croisement de deux venelles un panneau, attention tortues et antilopes, elle esquisse un sourire. Elle ondule sur ses talons, le sourire niais des gens heureux en étendard, à l’angle d’une allée empierrée rejoignant une villa imposante au caractère noble, un jardinier, c’est un homme noir maigre aux doigts jaunis avec un nez énorme au milieu d’un visage desséché, il lui fait un signe de la main, presque enfantin comme celui d’un gamin de trois ans quand il vous fait coucou ou quand il fait les marionnettes. Sur la plage une femme blanche est étalée, les bourrelets de son ventre savamment empilés les uns sur les autres, le compas de ses jambes ouvert face au soleil dru,  elle se dit…quelle indécence!  Dans le port, sur le quai un pêcheur à la barbe fournie, la carrure celtique et les yeux couleur de pluie étoilés de rides lance sa ligne en fixant l’horizon, un homme modeste dur à la tâche qui s’autorise à la retraite le bonheur et la jouissance d’une vie paresseuse et gourmande. Quand à elle, elle avance sans s’arrêter pour le plaisir vers l’oubli, l’oubli momentané de soi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

37 Commentaires
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37 Commentaires

  1. Anne64 says:

    Mais que c’est beau Sabine 🙂 J’en reste sans voix, chaque mot est à sa place, le décor, l’ambiance, tout est juste parfait.
    Je me demande cependant pourquoi elle foule la terre sans s’arrêter, comme si elle craignait s’être trompée d’avenir…

    1. Sabine Thierry says:

      Parce qu’il ne faut jamais être sûre de quoi que ce soit, c’est un peu de poésie pour expliquer que rien n’est arrêté ni acquis!!!Se poser des questions c’est rester vivant. est ce clair madame la directrice…un grand merci pour votre enthousiasme, il porte l’auteur…

  2. chantal11 says:

    Tel un extrait de livre photo sur un bout de ce continent, écrit merveilleusement bien
    Spectatrice des autres ,en tous cas j’imagine les personnes que vous croisez, l’ambiance…
    Avez vous vu les tortues?

    1. Sabine Thierry says:

      Oui elles traversent la route un peu comme le font nos hérissons, il serait intelligent de mettre des panneaux pour eux
      ici les panneaux sont faits par les habitants sous forme de photos collées. Ils sont très respectueux de la nature et de ceux qui la peuple. Je suis donc ici à ma place. Déjà que je détestais avant les chasseurs de Lacanau et d’ailleurs, le retour en France va être rude!

  3. Laurencence says:

    Elle est en mouvement, comme la terre, la vie est partout, chacun poursuit son chemin … voilà ce que tes mots m’évoquent,
    Merci pour ce tableau Sabine!

  4. Sabrina PO says:

    La 1ère illustration me plait énormément..
     » QUANT à elle, elle avance sans s’arrêter, pour le plaisir vers l’oubli… l’oubli momentané de soi .. »
    Ce sentier dense en végétation, aux marches pierre qui mènent on ne sait où.. Un peu comme notre propre vie qui est une surprise de chaque instant véritablement.
    On ne sait pas de quoi sera fait la minute suivante et encore moins de quoi sera fait demain.
    Ne dit-on pas que la vie ne tient qu’à un fil.. respirer..Un coeur qui bat .. Vivre chaque instant toujours bien présent et vivant.
    Votre article est juste plein de vie pour moi à sa lecture comme une énorme bouffée d’oxygène, merci pour cette merveilleuse ballade Sabine.

      1. Sabrina PO says:

        Ça fait déjà..oh je n’ose le dire quelques temps que je ne me suis pas retrouvée avec cette belle nature et j’en ressens en ce moment de plus en plus le besoin.. Alors vous comprenez pourquoi votre texte et cette 1ère photo m’inspire autant , comme une soif que je n’ai pas étanché !!

  5. Josiane says:

    Votre texte est tres apaisant…j’aime bp la première photo,gravir ces marches de pierres sans savoir trop où vs allez… »elle avance sans s’arrêter pour le plaisir vers l’oubli…. »

  6. Cedric says:

    Texte agréable à lire, en effet… C’est apaisant même , pour reprendre les mots de Josiane 😊. Et la femme qui marche, c’est toi? Je ne pense pas me tromper 👍. J’espère que tu marches avec un podomètre dans ta poche 😜, car il serait interessant de voir combien de kilomètres tu auras parcourus sur cette « Terre des Dieux » 😊

    1. Sabine Thierry says:

      Je pense à vous…tu as raison c’est très clair Cédric. Kommetjie je t’en avais parlé l’an dernier, je me souviens tu ne connaissais pas.

  7. sandrine says:

    Trés joli texte.C’est une belle aventure de partir a la découverte de la nature gravir ces marches sans trop savoir ce que l’on vas trouver,j’aime beaucoup la derniére phrase du texte.

  8. DANY says:

    Encore et toujours c’est très beau toutes vos descriptions et votre imagination . C’est vrai que l’on a envi nous aussi de grimper ce chemin de pierres …

  9. Nam says:

    Dans la 1ère photo, c’est peut-être du détail mais je me demande: « C’est quoi ces taches blanches au sol? » Pas de neige en Afrique du Sud me semble-t-il en ce moment.
    Et je vous ai lu, merci pour votre texte du jour. 🐢🐢

  10. Nurse 24 says:

    Votre balade comme la vie….juste une aventure à tenter, explorer l’inconnu comme soi même !
    Votre récit comme une œuvre d’art! Il y a de la couleur, des reliefs, de la lumière…l’imagination fait le reste ! Je m’y vois devant votre tableau, pensive, expectative…
    Je ne me le répéterai jamais assez…vindieu que la vie est belle, des surprises, des questionnements…de quoi avancer, juste avancer…..votre première photo m’interpelle, on monte, on monte et après tout…on verra!
    Merci pour ce décor idyllique, pour ce moment de plénitude tout en tendresse.
    C’est bon la tendresse n’est ce pas!?
    À bientôt 😁

  11. sylvie méditerranée says:

    Une invitation avec des pas légers comme cette poésie dans cette oasis si paisible ……
    Autour de vous , une nature féerique un véritable joyaux …….
    Je me laisse aller , telle une plume d’oiseau souffler par la brise du vent , transporter et subjuguer au fil du temps de vos écrits….
    Des phrases révélatrices où nous marchons tous ensembles dans vos pas…..

  12. Christelle65 says:

    Il faut savoir s’oublier soi-même pour décrire avec tant de précision tous ces portraits ! Et en même temps, toujours la poésie qui nous cueille (l’arbre chantant parce qu’il est rempli d’oiseaux qu’on ne voit pas, j’aime beaucoup) !

  13. Sonia M says:

    Tel cet escalier, vos écrits m emmène haut et loin. ….
    « -Elle s avance sans s arrêter pour le plaisir vers l oubli, l oubli momentané de soi.  »
    C est beau !

    1. Sabine Thierry says:

      Après ça, j’en ai fait deux heures de plus mais parce que je m’étais perdue, je crois bien n’avoir jamais marché aussi vite, il se faisait tard et plus personne dehors!

  14. GUYBKK says:

    La première photo me fait penser , je ne sait pas pourquoi a la forêt de Brocéliande , où a l’accès àun site mégalithiques , Dolmen ou menhirs

    1. Sabine Thierry says:

      Décidément…après les Cornouailles…ici tout me fait penser au So de l’Angleterre ou à la Bretagne, celle de Françoise, la vraie!!!!

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