Les chroniques de Sabine…

Retour à Kommetjie….

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10 Février 2019, il est cinq heures, c’est le vent qui m’a réveillée,  les larges feuilles de palmier tapent contre la fenêtre, le ciel a installé au-dessus de ma tête ses voluptés de brumes épaisses, je suis de retour à Kommetjie.  Dans un ailleurs, un autre quartier, une autre location. Fatiguée de ma journée de voyage, hier soir je me suis écroulée dégoutée dans un lit peu accueillant aux draps grisâtres, les logeurs sont deux jeunes trentenaires, parents de trois magnifiques têtes blondes à la tignasse hirsute, aux  joues rouges, aux pieds et aux mains noirs, des enfants entre un et six ans qui semblent déjà observer le monde qui les entoure avec distance, avec malgré tout une lueur canaille dans le regard, me voici donc pour l’heure immergée dans une famille bohème du genre borderline où les gamins sont agités, ça crie, ça pleure, ça pue et ça court dans tous les sens, de véritables poils à gratter pour la femme silencieuse que je suis. Un groupe de cinq qui m’offre avec le sourire la panoplie du vrai laisser-aller, rien à voir avec la rigueur des afrikaners et leur soif de propreté,  leur côté maniaque, rigoriste, leur obsession de l’ordre et leur peur du chaos (ils ont tous une bible à côté du lit!). Ici c’est à peine si j’ose m’assoir tant à l’intérieur tout respire la négligence et la saleté. Bien obligée de me rendre à l’évidence, le globe -trotteur reste une femme de territoire et une petite bourgeoise dans l’âme… d’ailleurs je n’ai qu’une envie ce matin, celle de me lever tôt et de les fuir au plus vite. Sur la route, quelques kilomètres suffisent pour toucher du doigt toute la misère du monde,  de maigres mendiants à la recherche de quelques chose à se mettre sous la dent fouillent les poubelles, un peu plus loin, trois filles noires au grand cœur n’ayant jamais connu le confort d’un foyer aguichent les piétons, derrière elles se tient une vieille femme le dos courbé par le labeur, sur le bord de la route deux alcooliques sont avachis au pied d’un melkhout,  des hommes et des femmes de couleur… des ombres qui ne se doutent  pas qu’un autre monde existe et pour vous ces lignes, pour que quelques regards croisés soient ramenés  le temps de l’écriture à la surface.

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42 Commentaires
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42 Commentaires

    1. Josiane says:

      Cet enfant seul et ce nounours a moitié enterré ds le sable….les enfants grandissent trop vite,ils passent a cote de leur enfance,sont projetés ds le monde des adultes trop tot malheureusement

  1. Lili says:

    Entre 2 extrêmes, il y a l’équilibre…
    Impossible de fuir nos standards, empilés dans nos pays dits occidentaux riches puis notre propre standard d’hygiène et confort.
    Conscients qu’il y a bien plus mal lotis, Il n’en demeure pas moins que nous ressentons par rapport à ce que nous sommes.
    Mon niveau d’hygiène et de confort m’amène à déprécier l’absence d’eau chaude et la propreté approximative de la cuisine de mon colocataire…
    Nous sommes nombreux à être des petits bourgeois, j’en suis….

    Au fait, un melkhout est bien un arbre ou pas ?

    1. Christelle65 says:

      Tu as tout à fait raison concernant la comparaison à la norme qui est nous… mais si on peux repousser les limites parfois, ou pour un temps ! … en tout cas, pour l’eau chaude, moi je ne peux pas faire sans ! Si je viens te voir un de ces 4 … je ferai donc une toilette de chat !! LOL !!!! Bon courage à toi ! Dis toi que ça va resserrer t’es chairs !!! 😄

  2. sandrine says:

    C’est bien triste de voir tout ça encore des personnes des enfants dont l’hygiene est négliger qui ne peuvent même pas se laver je comprend que cela doit être dur a voir.

  3. GUYBKK says:

    J’imagine parfaitement le tableau . Cela me rappelle les quartiers pauvres jouxtant les favelas de Rio , Fortaleza … Des grandes villes Brésiliennes où tous les déshérités s’agglutinent recherchant un endroit où vivre ayant été chassés de leur terre . On a mal au cœur , mais on ne peut tous les aider tellement ils sont nombreux . Ils n’ont jamais connu une vie différente et vivent une vie de privation et les enfants ont des jeux simples et s’amusent en bande dans les rues .

  4. Laurence says:

    Il fait de tout pour faire un monde… richesse, pauvreté, ordre, désordre …
    C’est une chance de naître du bon côté de la barrière, mais quel est le bon côté?

      1. Nam says:

        Dankie pour le texte Sabine.
        Et avez-vous une réponse Christelle77 à ce sujet de philosophie? ( Au vu de vos anciennes belles copies d’élève concernant cette matière).

        1. Christelle65 says:

          On pourrait commencer la copie par : « Comme le disait les 2 grands philosophes télévisuels Arnold et Willy, « il faut de tout pour faire un monde, c’est vrai » ! » (private joke pour les plus de 40 ans !). … Je plaisante mais c’est une question intéressante que pose Laurence. Les riches sont-ils toujours forcément plus heureux que les pauvres ? Il y a pleins d’exemples qui prouvent le contraire. Donc la question peut vraiment se poser !

  5. Tatie momo says:

    Un voyage au plus près de la réalite d’un pays, loin des images de cartes postales…
    L’image du « Nounours » qui tourne le dos à l enfance , abandonné.
    Oui ces trois photos de marcheurs dos à nous, nous interpelle ! Vont-ils vers un futur plus clément? Il semble pourtant peser sur leurs épaules résignation, accablement !

  6. Sonia M says:

    Je suis passée par différents états en vous lisant aujourd’hui. ..
    Dans un premier, un fou rire me gagne en vous imaginant prendre la fuite façon sioux devant cette famille borderline 😂.
    Et puis la tristesse teintée de colère devant la misère aussi affective que matérielle.
    Et enfin, un peu de plaisir à voir que ces personnes ont existé, sont sorties de leur propre ombre grâce à vos mots.

  7. Anne64 says:

    En vous lisant je me suis dit : houlala, heureusement que je n’y suis pas ! J’aurais eu beaucoup de mal avec ce lieu qui semble un peu (beaucoup) cracra 😉 Du coup, votre décision de ce que reste le globe trotteur m’a faite sourire…
    Quand aux trois petits monstres, j’imagine très très bien.
    Ces hommes et ces femmes int sûrement toujours vécu ainsi et ce serait peut être pour eux un sacré choc s’ils venaient passer quelques jours chez nous…Après sont ils heureux, malheureux, c’est la grande question ! Aucun des 3 enfants ne connait l’école ?

    1. Sabine Thierry says:

      mais bien-sûr que oui ils sont scolarisés, il y a l’école pour les blancs et celle pour les noirs!Le côté cool c’est une nature ici, c’est freedom and love, les enfants sont rois, et les parents bohèmes, je vous l’ai dit, je vis au milieu d’eux donc je peux en parler, il y a aussi les coincés façon so british et puis les afrikaners dont je vous ai déjà parlé précédemment…

  8. sylvie méditerranée says:

    La pauvreté c’est un fléau , terrible comme un mauvais virus en perpétuel développement…
    Dû à la décadence et aux incohérences des hauts dirigeants des pays du monde…
    Il manque des Daniels BALAVOINE et aussi des COLUCHES et L’abbé PIERRE…….
    Pourtant un peu d’eau et de savon pas besoins d’ être riche pour être propre..
    Mais faut il encore qu’ils en aient …

        1. Sabine Thierry says:

          Il y a de tout partout, moi je ne fais que vous rapporter ce dont je suis témoin. J’ai déjà trouvé la maison pour votre venue l’an prochain, je vous en parle au mois de Mai.

  9. Nurse 24 says:

    Je pense à vous face à cette misère … mes pensées si lointaines de vous sont bien pauvres face à ce que voyez et vivez à l’instant T….
    Oui pauvres, face à cette claque que vous prenez en pleine face.
    Vous dites « des ombres qui ne se doutent pas qu’un autre monde existe… ». Alors je me demande si au moins ils sont libres. J’ose y croire…. La liberté dans la pauvreté est elle préférable à la soumission dans l’opulence?
    Quoiqu’il en soit, la globe trotteuse que vous êtes voyage dans la vérité brute de ce monde, pas toujours simple de vivre et ressentir de telles émotions face à ces laideurs. La laideur d’un monde construit par l’homme contre l’homme.
    Vivre dans la réalité c’est remettre les choses à sa place, c’est s’interdir de nier, c’est se contenter de ce que l’on a, c’est remercier la vie ou le destin d’être là où l’on est, c’est se remettre en question, c’est avancer, de toujours croire au meilleur, c’est s’ouvrir aux autres…
    Ce regard vers l’autre comme une empreinte indélébile
    C’est beau de rêver, continuons de rêver, d’espérer, de croire … mais c’est aussi bien de garder un peu les pieds sur Terre!
    Une Nurse qui rêve avec les pieds sur Terre et qui pense à vous…
    Tendres pensées

    1. Sabine Thierry says:

      Je commence au bout de presque 6 ans à relativiser, en prenant des auto stoppeurs je vous garantis que j’en vois de toutes les couleurs, je vous en parlerai lors d’un prochain we, c’est promis.

  10. Pascale says:

    Un beau partage encore une fois …
    Une situation « brute » et remplie de sens
    Pour moi, c’est une violence cette misère, des hommes dans la rue sans rien qui survivent et qui peut-être ne se posent pas de questions car là n’est pas l’essentiel pour eux. Ils demandent juste un toit ou un peu de nourriture.
    Et pour la propreté, idem,
    Pourquoi cette négligence ?
    A quoi pense t-on dans de telles situations ? Comment nourrir son âme dans ces circonstances ? …
    J’espère que cette nuit vous dormirez dans un bon lit propre et douillet !
    Dans le calme et la sérénité !!

  11. Christelle65 says:

    Comme dit Sonia, votre texte nous fait passer par pas mal de sentiments ! Moi j’ai d’abord vu les photos-tableaux (pour une fois!)… et je les ai trouvé magnifiques : un bel enfant aux couleurs pastel et des femmes dans une nature aux couleurs vives, loin de la grande civilsation, tous marchant vers leur avenir ! Superbe!!!
    Et puis quelle rigolade la description des bohemiens-hippis-anarchistes du XXIe Siècle !
    Et puis comme c’est le faire la vie parfois, vous nous ramenez ensuite à la réalité, au quotidien plus rude, aux laissés pour compte qui vivent sans connaitre notre monde… Mais sans que nous ne connaissions vraiment aussi le leur (en tout cas de façon vraiment concrète). Voilà : Un beau texte tellement représentatif de ce qu’est la vie ! Du rire et des larmes !

    1. Sabine Thierry says:

      oh que oui et là à l’instant je suis encore spectatrice et je me régale, d’ailleurs je n’ai pas mon carnet pour noter, j’ai peur d’oublier…là une nuit sans sommeil, je vous laisse imaginer…

  12. michel says:

    Bonjour, il y a vraiment des endroits ou les gens sont pauvres, les enfant n’ont pas grand choses et cette misère doit nous interpeller, à savoir la chance de vivre en France. Je pense dans notre pays que la misère est là aussi.

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