Les Chroniques de Sabine…no 11.

C’est un vendredi matin,

le soleil baigne mon bureau de rien,

la place avec son clocher apparaissent dans l’encadrement de ma fenêtre.

Des voitures se garent tout autour, des gens, nombreux, endimanchés en descendent et se dirigent en silence vers la maison de Dieu.

Certains avancent malgré la chaleur, le nez au fond d’un mouchoir, d’autres cachent leurs yeux gonflés d’avoir trop pleuré derrières des lunettes noires.

Les cloches sonnent le glas, elles réveillent en douceur l’esprit du lieu pour apprivoiser à leur façon les villageois, qui arpentent les uns derrière les autres le chemin endeuillé.

Ils avancent en rang, sombres et  muets, engagés dans la voie du désespoir et,

hantés par le souvenir du défunt.

Le prêtre, funeste manipulateur qui souffle le chaud et le froid,

un balèze aux gestes mesurés accueille le cercueil d’un signe de croix, il invite de la main et introduit les accompagnants dans l’église haute de plafond et aux murs ornés de tableaux,

on sent l’odeur de l’encens,

du frais et de l’humidité.

L’âme et le corps sont en froid l’un avec l’autre.

Sur le cercueil, des plantes en boules et en coussins aux fleurs colorées et au feuillage vert et ciré.

Le curé, narrateur des ombres, avec des mots simples en résonance avec la lumière fait à la mort une belle déclaration à la vie.

L’émotion monte à la tête et l’attention vacille, les pleurs, comme la morve dégoulinent.

C’est le moment de faire les adieux,

le moment où la partition d’un groupe s’accorde pour créer une mélodie qui se détache en solo avant le final.

J’écris dans cette chronique la vie et ses vents contraires,

la mort reste scandaleuse et le malheur,

jamais utile.

 

 

 

47 Commentaires
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47 Commentaires

  1. Nurse 24 says:

    Sabine, il n’y a pas de mots pour exprimer ma gratitude envers ce beau récit. Tellement touchant,
    « la mort reste scandaleuse et le malheur jamais utile. » et pourtant ainsi va la vie.
    Pleurer est selon moi une manière de sortir les choses les plus enfouies. Je ne le fais pas souvent et toujours seule la plupart du temps, encore une pudeur….
    La mort, une notion tellement difficile à accepter,
    Parce qu’elle est inévitable, je rend ma vie la plus belle possible .
    Pour certains, elle est une libération, on la sent venir. Le corps et la tête le demandent.
    Et pour ceux qui restent, l’immensité du chagrin est terrible, une noyade dans nos propres larmes.
    La mort n’est pas un adieu mais un au revoir.

  2. Françoise46 says:

    1967, j’ai 16 ans, mon papa âgé de 56 ans, vient de décéder, atteint de la maladie de Charcot, emporté en quelques mois.
    Je me suis interdite de pleurer pour ne pas ajouter du chagrin à ma maman.
    malgré moi, j’ai été projetée dans le monde des adultes.
    2017 2018, cinquante ans après, des évènements familiaux font que tout est remonté à la surface;
    à présent, je vais mieux ; mais je pense qu’il faut laisser sortir ses larmes et ses chagrins lorsque la personne nous quitte. Merci de m’avoir lue…

      1. Françoise46 says:

        excusez-moi, j ‘ai écrit dans l’émotion ; je garde un mauvais souvenir des cérémonies d’enterrement, c’est peut-être pour cela aussi, qu’inconsciemment, je n’ai pas rebondi sur le texte.

        1. Sabine Thierry says:

          ne vous excusez de rien, c’était écrit dans l’intention de vous faire vous livrer encore d’avantage…j’aime moi aussi vous lire.

  3. Sonia M says:

    25 avril 2018.
    C’est aujourd’hui le grand jour !
    Nous sommes tous autour de toi.
    Ton amoureuse , celle du premier jour ,celle avec qui tu as partagé 50 années de vie.
    Nous tes cinq filles accompagnées de nos compagnons pour celle qui en ont.
    Tes petits enfants 12 ,Noé qui n a que 8 ans préfère pas te voir vivant.
    Chacun avec nos mots nous te souhaitons plein de bonheur pour ta nouvelle vie.
    Nous sourions encore autour de toi,des instants plaisants vécues ensemble.
    On pleure aussi, egoistement ….
    On vient de passer 2 jours à préparer ton départ.
    Deux jours dédié à celui que l’on aime et qu s en va.
    On t embrasse beaucoup, on te parle.
    La crémation, c était ton choix .
    Alors chacun d entre nous va proposer en fonction de ce qu il garde de toi, une musique, une photo, un texte. …

    Maman parlera de son époux et de l homme que tu étais,elle a choisi votre chanson ,celle que vous ecoutiez depuis quelques mois, depuis votre aménagement à Agadir.
    Tes petits enfants danseront autour de ton cercueil sur une chanson que tu partageais avec eux à chaque fête de famille
    Nous tes filles, nous te lirons un texte pour te dire le papa formidable que tu es.
    Beaucoup de photos et de musique que tu aimes animeront cette dernière fête.
    Ne pas flancher est notre mot d ordre.
    Accepter de te laisser partir, t’accompagner jusqu’à la dernière minute.
    Tout faire pour que tous nous nous sentions sereins surtout toi.
    Jean Ferrat que tu adores chante « c est beau la vie « .
    Oui ton départ ne doit pas être un malheur, une étape supplémentaire d apprentissage dans cette vie .
    J espère que je n’ai dérangé personne sur le blog.
    Pouvoir livré cet instant précieux de ma vie est un vrai bonheur mais je peux comprendre que certains soient choqués ou mal à l’aise.
    Merci de m avoir offert ce merveilleux moment Sabine.
    Je t aime mon papa.

    1. christelle77 says:

      Quel courage ! Si j’avais été à l’enterrement de votre papa, même sans le connaître, je peux vous certifier que j’aurais passé mon temps à pleurer. Elle devait être très belle cette cérémonie où régnait la sérénité, la joie de vivre encore un moment positif ensemble, danser comme avant, rire, chanter, se dire que l’on s’aime comment avant… Moi la pudique, je suis toujours admirative de ceux qui parviennent à cela sans flancher !
      J’espère que là où il est, votre papa saura vous aider à rendre la vie moins cruelle !

  4. chantal11 says:

    Transportée par cette lecture, la justesse des mots et l’émotion sont toujours
    au rendez vous la mort reste scandaleuse et le malheur,jamais utile
    C’est beau

  5. Michel says:

    Bonjour, un texte sur sujet délicat qui super bien écrit et on se trouvent face à çà démuni avec la souffrance . Chacun le vie comme il le ressent, moi je pleure quand j aime les personnes. Surtout quand c’est des personnes proches.

      1. Michel says:

        Non mais je voudrais pas mourir mais j ai envie de plus vivre défois. Ne plus jamais se réveiller, ne plus marcher et de savoir que des gens font souffrir de ma mort, ceci m embête le plus..je dois accepter cette condition

  6. sandrine says:

    Un texte touchant, un parent un ami qui s’en vas c’est un moment difficile..J’ai toujours beaucoup de
    peine quand une personne que j’aime meurt.

  7. Anne64 says:

    Ce texte est poignant, il colle à la réalité de ces moments de deuil. Je me suis retrouvée dans chacun de vos mots, du moins j’y ai retrouvé toutes les émotions et les états que nous traversons quand nous entrerons nos proches. Les larmes me sont même montées.
    Quand à la question que vous posez, et bien moi, la mort est une chose qui m’effraie. J’ai très peur de me voir partir, de souffrir…Je sais bien qu’on ne choisit pas mais c’est quelque chose que je redoute, le point final. Alors peut être n’est ce qu’un point virgule, peut-être sommes nous amenés à vivre autre chose après…, je ne sais pas…

  8. Ma rtine says:

    Quand je lis l’âme et le corps sont en froid l’un avec l’autre ; pas sûre il y a des cultures oû on fête la mort j’aime à imaginer que le corps reste mais que l’âme est déjà parti , par là ; dans l’au-delà comment éviter celle qui est mal aimé de notre vocabulaire comme quelque chose à éviter si on pouvait la différer dans le fond sans qu’on veuille l’admettre elle nous accompagne chaque jour et le lendemain c’est un jour de moins .
    Je vais à nouveau mettre mon grain de folie il suffit d’accrocher à  » la mort  » un U et de retirer le T qui terrifie pour que sa devienne  » l’amour » inconditionnel infini à l’infini .

  9. Lili says:

    Encore l’opposition des mots, ombre/lumière, vie/mort !
    J’adore la chute et je vous rejoins Martine et vous : la mort et la vieillesse sont scandaleuses.
    Etant donné qu’à partir du moment où on naît, on sait que l’on va mourir, autant se dire que la vie est une fête et qu’il faut cesser de s’enquiquiner avec des futilités d’autant plus qu’il y a assez d’emmerdeurs pour nous faire perdre du temps, de l’énergie, de l’argent, etc.
    J’aimerais ne pas vieillir trop et trop mal, et idéalement avoir recours à l’euthanasie juste au bon moment, avant d’être un poids pour la société, et puis à un moment, lorsqu’on ne peut plus se projeter, à quoi bon. Place aux jeunes !
    Au Mexique, la fête des morts est célébrée comme une fête joyeuse : c’est culturel.
    Personnellement, je dis toujours, enterrement le moins cher possible, et surtout, mettez de la couleur, musique, à boire et à manger et que la fête continue !
    Sinon, j’ai adoré le film « Les invasions barbares »…

      1. Josiane says:

        Ca sera un peu compliqué …..vs avez déjà pensé sabine a votre propre mort ?? Ce qui est rassurant si on peut dire c’est que vs savez qu’il y a autre chose après…..moi,j’ai du mal à le croire,c’est pour ca que j’ai bp de mal à accepter la mort ,c’est trop injuste,quitter ou perdre les siens….la photo n’est pas très rassurante…..

        1. Josiane says:

          Ns venons d’apprendre le décès de Jean,81 ans,atteint d’un cancer de l’oesophage,on lui faisait de la chimio palliative jusqu’à ces dernières semaines,il venait au rugby avec ns,même s’il ne pouvait plus bp manger,il gardait tjs le moral,il a été maire de très nombreuses années,c’était un homme très serviable,ns irons lui faire une visite au funerarium et demain jpierre ira à ses obsèques(je travaille) même si on le savait « condamné »,on a du mal a se dire qu’il est parti…..,c’était une personne qu’on appreciait bp,le pauvre….bp de deces en ce moment…,,

  10. Florence says:

    Petit commentaire sur la photo : je vois un crane dans la lune, les contours des yeux et du nez – 7 oiseaux près d’elle sachant que 7 est le symbole de la spiritualité – le vent souffle puisque les branchages sur lequel est l’oiseau penchent – l’oiseau regarde le personnage vouté, caché sous sa cape : homme femme? peu importe et semble lui « dire » quelque chose puisque son bec est ouvert : lui envoie t il un signe?
    La mort…vaste sujet…mes impressions à chaud…
    Voir mes proches se « dégrader physiquement » ,  » vieillir » : j ‘ai beaucoup de mal..surtout quand eux ont peur de la souffrance, n’admettent pas la dépendance et que pour eux c’est une fin …car ils ne « croient » en rien.
    Je parle là de mes parents…et j’avoue j’ai assez peur de voir leur déchéance et leur état d’esprit… Arriverai je à surmonter tout cela et à les aider au mieux sans trop etre impacté de mes émotions…J’y pense assez en ce moment car eux me parlent beaucoup de cela…
    Quand à moi j’ai beaucoup travaillé et encore sur le sujet si je puis dire…
    Pour moi la mort est le passage sur un autre plan ; j’ai lu beaucoup d’ouvrages allant de jean jacques Charbonnier ( réanimateur anesthésiste toulousain) qui donne aussi des conférences sur les états de morts imminentes…il est passionnant – au Dr Ben Alexander etc
    Pour faire bref, je ne peux pas dire que j’ai peur de la mort réellement car je suis persuadée que notre ame est éternelle, et que cette vivance est bien plus simple et belle que celle sur terre… mais c’est tout le chagrin dans le monde des vivants qui est dur pour moi quand quelqu un qu on aime part…suis je claire?
    J’aborde très rapidement « les karmas » en disant que ce que l on vit, c’est qu’on l’a choisi, inconsciemment (aussi terrible soit il) …et sert à nous faire évoluer …encore et toujours
    Et pour finir je dirai quand meme que j’espère vivre en bonne santé le plus longtemps possible, pour rattraper toutes ces années « perdues » où justement j’étais dans un travail de deuil , de chagrin et de responsabilité énorme…j’étais comme en sommeil… je crois avoir compris certaines choses et étudier beaucoup sur la mort (en toute humilité) et sur ce monde subtil qui nous entoure et qui est là pour nous aider…c’est magique et c’est beau…merci mes etres de lumières!

  11. Rabia says:

    Une seule question me vient à l’esprit lorsque l’on parle de la mort.
    Que se passe t il après pour ceux qui nous quittent ?
    Pour ceux qui restent c’est une épreuve terrible ça on le sait tous.
    Pour moi la mort peut être une libération lorsque la maladie est là.
    Effectivement au Mexique cela reste une fête comme on peut voir dans le film d’animation « Coco » .
    Notre vie est toute tracée et je me console en me disant que nous avons chacun notre destin car aucune explication rationnelle ne peut expliquer pourquoi la mort frappe à un moment précis.

  12. Vincent says:

    Ces moments d’émotions et ce devoir de devoir accepter et avancer malgré le vide laisser par nos êtres chers. Vraiment la vie comme je disais à mon cousin est une comitragedie que nous devons vivre en acceptant les différentes épreuves. L’accueille les choses en essayant d’en comprendre toujours le pourquoi du comment.

  13. Laurence says:

    Un très beau texte Sabine!
    Je n’aime pas les enterrements, j’éprouve toujours une grande desolation difficile à contenir. Ce nous sommes allés dans un magasin, en revenant une ambulance sur le bas côté devant une habitation, un corps sur une civière dans une housse blanche, une petite mamie abasourdie assise sur une chaise, quelle tritesse. La mort est inéluctable mais je n’arrive pas à me résigner, même si je sais qu’il y a autre chose après. La vie est courte, vivons là!

  14. Sabrina PO says:

    « L’âme et le corps sont en froid  » l’un reste mort, l’autre continuant sa quête s’en va ailleurs et autrement, Je suppose.. Je le souhaite très fort en tout cas même si je n’en ai aucune certitude ..
    J’aime beaucoup lire vos lignes ..vos mots et votre description dans cette chronique sont très justes et tellement vrais .. on ressent l’atmosphère qui se dégage autour de cette enterrement .
    La vie et la mort sont étroitement liées ..
    La mort, Je saurais ce que j’en pense quand mon heure sera venue.
    Je sais que je souhaiterais simplement être avec ceux que j’aime .. que mes deux enfants soient bien dans leurs vies d’adulte , bien entourés et aimé… avant de les quitter..

  15. yefsah says:

    Ce matin en buvant mon café et en fumant ma cigarette j’avais l’impression d’être à côté de vous Sabine et de voir tout ce que vous décrivez, j’aime en particulier cette phrase  » le moment où la partition d’un groupe s’accorde pour créer une mélodie qui se détache en solo avant le final  » vous savez jouer et accorder vos mots avait justesse, votre texte exprime beaucoup d’émotions et vous avez raison la mort est scandaleuse mais faut vivre avec et ne plus en avoir peur, merci Sabine pour ce partage

  16. christelle77 says:

    Quel beau texte dans lequel on ne peut que se reconnaître. Nous avons certainement tous été un jour l’une de ces personnes avec des lunettes noires qui pleure son chagrin.
    Pour ma part, ce n’est pas tant mourir qui me fait peur. C’est être malade et finir en agonisant. Et ce qui me fait pleurer aux enterrements, c’est souvent le fait de voir les autres pleurer et de l’impression d’abandon qu’il ressentent. Mourir, c’est forcement abandonner des êtres chers et ça c’est terrible ! J’aimerais pour ma part partir sans dérangement et avoir un enterrement le moins cher possible moi aussi. Si les choses suivent leur cours logique, ce sont mes nièces qui s’occuperont de ce moment là. Et je refuse d’être un poids, une somme supplémentaire de chagrin. Partir sur la pointe des pieds, sans bruit, sans tambour ni trompette, discrètement, gentiment…

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