Les Chroniques de Sabine…no 20.

C’est l’été,

il est 10 heures,

il y a un pommier sauvage sous lequel est installé un banc en pierre,

économe de ses gestes, elle est assise et  plongée dans ses odeurs, ses matières et ses lumières, elle apprécie ce havre de paix.

Derrière le calme ambiant des parasols,

la tempête gronde.

Il est 17 heures,

elle s’apprête à rentrer dans le bâtiment,

pour y parvenir elle a marché le long d’une rue ombragée.

Dans l’entrée, un hall aux couleurs sourdes,

malgré une lumière crue et les murs d’un blanc bleuté,

l’atmosphère est sombre et épaisse.

Un calme surhumain et une douceur indicible l’entoure.

Elle a laissé pour quelques heures sa maison,

une maison qui appartient à un monde,

celui de la joie, du plaisir et de l’amour.

Elle se souvient il y a tout juste un an,

et s’enfonce dans les sables mouvants d’un monde affreusement noir retourné comme la terre.

Quand le médecin lui a annoncé…

c’était comme un murmure qui vous parvient  par une porte entrouverte.

Sa vie,

ce jour là, désormais serait étroite, limitée …

rationnée.

Une vie qui avait pourtant regorgé de possibles,

l’avenir ne leur ouvrait plus grand ses bras!

Elle attend,

patiente et résignée, le résultat.

Elle porte une jolie robe et sa chair de poule,

les minutes se traînent grises et interminables remplies de doute et d’angoisses sourdes.

Une femme debout sur le seuil aux cheveux bruns rassemblés en un chignon lâche l’invite à la suivre.

Après un moment de révélation qui la voit accoucher de son destin,

elle repart soulagée.

Heureuse, sa liste de courses devient un programme de vie,

elle laisse dans la salle d’attente du service d’oncologie ses reliquats d’une vie passée.

Un mauvais souvenir qu’on aplatit comme un carton pour le mettre au rebut.

 

53 Commentaires
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53 Commentaires

  1. Sabrina PO says:

    L’annonce d’une maladie est un choc , le monde s’écroule sous nos pieds et emporte tout avec lui…d’autant plus si cette maladie se révèle très grave voir incurable..
    Il nous faut donc encore accepter ce qui nous tombe dessus et continuer de ce battre tel un guerrier.
    Votre personnage dans la Chronique Sabine s’en est bien sortie et peut continuer à vivre… heureuse et continuer d’allonger sa liste de courses pour profiter de ce beau cadeau qu’est la vie.

  2. Nurse 24 says:

    Le courage, que serions nous si nous n’avions pas cette force pour se lever tous les matins, affronter nos peurs et les combattre, qui nous pousse à aller de l’avant, à dépasser nos limites et qui nous aide à vivre tout simplement ?
    Pour moi, il est toujours trop tôt pour abandonner. Je déteste l’injustice depuis mon enfance, depuis toujours. J’aime défendre, soutenir, et protéger. Dans la vie comme dans la maladie.
    Et comme quoi, être infirmière rend à ma personnalité une certaine image de justicière car c’est aussi défendre la vie et combattre la maladie. Ce n’est pas de l’héroïsme, c’est donner de ma force aux autres. Un jour, un patient d’une quarantaine d’années est revenu exprès pour me voir pour me remercier de lui avoir sauvé la vie, dans le fond c’était peut être vrai, mais ma réponse était restée sans voix, j’étais redevenue une petite fille gênée et rougissante. Il a souri.
    Une situation auprès de mes collègues dont certaines me jalousaient. J’avais honte pour elles parce que la fierté n’a pas lieu d’être.
    Vous savez Sabine, les héros ce n’est ni les soignants ni moi, ce sont ces malades déchirés, meurtris par la maladie, apeurés par l’annonce du diagnostic.
    Alors biensur, quand la maladie est trop forte, nous sommes là pour accompagner et apaiser le corps et l’âme d’un être qui va s’en aller, ça s’appelle mourir dans la dignité. Nous amenons l’autre dans le lâcher prise le plus humblement possible.
    Mais je pense aussi que le caractère et la personnalité d’un malade contribue énormément quant à la longévité de sa vie et je peux vous le prouver rien qu’en vous racontant ce que j’ai vu voir et vivre. Quand on en veut, on peut faire de sa vie une multitude de possibilités. Le bonheur est un horizon à portée de mains, il faut marcher pour l’atteindre.
    Votre écriture est aussi belle que vous, le reflet d’une personnalité généreuse et combattante, qui sait s’entourer d’amour. Parce qu’être profondément aimé, nous donne de la force autant que le courage quand on aime profondément.

    Il faut, en toute circonstance, avoir le courage d’aimer.

    1. Lili says:

      Très joli texte Nurse, mais c’est une constance chez vous…
      J’en profite pour rendre hommage à votre noble profession, qui lorsqu’elle est faite avec conviction, et je pense que c’est heureusement souvent le cas, est un cadeau pour nous patients ; on s’y retrouve tous confrontés à un moment et on a tous ressenti cette émotion face à l’infirmière qui était là pour nous et/ou nos proches.
      Personnellement, je n’ai jamais eu de drame médical (merci la Vie, pour l’instant) mais même lors d’interventions bénignes, bravo Messieurs les infirmiers et Mesdames les infirmières !

      1. Nurse 24 says:

        Merci pour moi et pour mes collègues…et Josiane, les aides soignants en font partis biensur, c’est évident! J’ai appris beaucoup de certains plus qu’avec des infirmières !
        Nous sommes tous inégaux face à la maladie…et que l’on soit malade ou soignant ou parent de malades, être confronté à celle ci c’est une leçon… alors je rejoins certains d’entre vous en disant qu’effectivement il est primordial de profiter de chaque moment de bonheur même les plus minimes, la vie est bien trop courte, prenons la chance à bras le corps quand elle se présente avant qu’il ne soit trop tard….

      2. Nurse 24 says:

        Lili je ne sais pas si c’est une constance , j’éprouve toujours le besoin de dire ce que je pense, j’aime être dans le vrai. Donc, je pense ce que je dis. Et Je panse donc je suis !

  3. marie-helene40 says:

    très beau texte ou l’on ressent grandir l’inquiétude, l’angoisse et la peur en elle..
    En attente d’un résultat qui peut modifier tous les projets de vie…
    Je ne suis pas « elle », mais beaucoup trop de gens autour de moi le sont ou l’on été..
    Profitons au maximum du tous les instants de la vie, les meilleurs sont là pour nous aider à supporter les mauvais…
    Merci Sabine de nous le rappeler..
    Belle journée à vous tous..

  4. Tatiemomo says:

    C est à partir de moments comme cela où nous avons craint pour notre avenir que les actes les plus simples de la vie nous paraissent extraordinaires .
    La vie est belle mais fragile et tient à un fil!
    Tout peut basculer, la maladie, la folie, l accident…
    Profitons de tous les instants et même de ceux où rien ne se passe, savourons le silence aussi.

  5. chantal11 says:

    Sinon il faut faire avec…rebondir,brûler les étapes, sentir,regardez,voir
    voir tous ce qui entoure différemment, savourer chaque instant
    mais parfois la fatigue le raz le bol prend le dessus,les larmes coulent,à ce
    moment là le mental doit être plus fort que jamais
    L’eau est une souche de bien être, de vitalité
    Très beau texte ma Sabine

  6. Domino says:

    Quels beau texte ! Avec des mots si bien choisis, ciselés…
    J ai vécu un peu la même chose il y a quelques mois, un résultat de test négatif…. Et ma liste de courses m’a aussi parue être un texte d’une beauté inouïe 😉😂

  7. sylvie méditerranée says:

    Sacré combat..
    Quelle belle le leçon de courage ,et de volonté.
    Face à cette épreuve elle est sereine.
    La maladie est venue s’inviter pour un combat , et au passage à bousculer tout un univers..
    Quand le médecin lui à annoncé ce fût comme une percute qui la mis chaos .
    Et la laissant au tapis sur le sol pendant quelques temps.
    Grace à sa force de caractère , son énergie , ça volonté mais pas que surtout son formidable courage………………
    Elle ce releva et gagnant le combat de ça vie……………

    Madame, où Mesdames, respect pour ce long et dure combat………………………………

  8. michel says:

    bonjour, super texte que je trouve bien expliquer ou il vaut se battre contre maladie pour arriver à la combattre. Le soutien de ses proches est très important, parler normal avec la personne pour qu’ elle garde l’envie de vivre et je comprends que ceci n est pas évident. Profitons de la vie, faire ce qui nous plait est important et même si des gens vous critiquent. Sabine vous l’avez fait avec votre blog.

  9. Vincent says:

    Le choc de la nouvelle, la difficulté d’en parler à ses proches, sentir l’amour et le soutien des siens. Ce petit texto envoyé à chaque chimio pour palier à cette difficulté à communiquer sur la maladie. Sentir la fatigue, la douleur masquée, l’inquiétude dans le regard et le courage de vouloir vaincre et sortir gagnants . Malgré cela ma ELLE n’a pas pu y échapper et la vie depuis est très très différente.

  10. Nam says:

    :-). Ravie de cette issue positive pour Elle!. :-). Que dire, tant à dire sur ce sujet… . Si un jour, il y a un atelier d’écriture à propos de ce même sujet, je serai sûrement là! A bientôt ;-).

      1. Christelle77 says:

        Quoi ?!!!! Nam est une sorcière ?! lol

        Et bien vous savez quoi ? Moi je ne suis pas certaine d’être là (une fois n’est pas coutume !), si ce sujet arrive sur le tapis de l’atelier d’écriture. Pour l’instant, je fais l’autruche sur la maladie… parce que je ne suis pas bien persuadée que je serai des courageux et des courageuses dont parle si bien Nurse 24.
        Mais bon, j’apprends aussi à dire « fontaine, je ne boirai pas de ton eau »… alors l’avenir nous dira ce qu’il en sera !

        1. Nurse 24 says:

          Christelle, certains ne sont pas courageux de nature, d’autres si…seulement face à un événement particulier, l’humain cache des ressources et des forces insoupçonnées que l’on soit grand ou petit … c’est imprévisible.
          Puis je crois que quand on veut on peut…fonctionne très bien!

      2. Nam says:

        Obligée de réagir du fait des questions de Christelle. Même si je ne suis pas petite, il y a bien « petite » dans mon surnom, c’est mimi, Sabine a deviné. Quant à la partie Sorcière :-), je pense qu’elle voulait le lier à mes traits physiques. ( Nez crochu, cheveux gris et danger). Et vous savez que Sabine sait beaucoup de choses. Il y a plusieurs significations, à voir…

  11. sandrine says:

    Toute annonce d’une maladie grave est une épreuve,des moments difficiles .Il y a quelques temps mon mari été dans la même situation , cela a été un choc ,aujourd’hui il va très bien . C’ est après avoir vécus tout ça que l’on prend conscience que la vie n’est pas grand chose qu’a tout moments tout peu basculer .

  12. Lili says:

    Que de contrastes, c’est l’été, on dirait qu’Elle emprunte le couloir de la mort puis la délivrance arrive, après des mois à avoir une épée de Damoclès au-dessus de sa vie…
    On a tendance à considérer la santé comme une évidence intégrée d’office à nos vies alors qu’il n’en est rien : tous les jours, c’est la roulette russe !
    Alors, oui, c’est parfois difficile de trouver la ressource, l’énergie positive mais il est vrai, que tant qu’on a la santé, tout baigne, car tout le reste a solution, bonne ou mauvaise, mais tout est soluble hormis la santé.
    J’ai pensé à la jeune actrice du film « Ma vie sans moi » d’Isabel Coixet, film que j’ai revu récemment. Bouleversant, je n’en dis pas plus si certains avaient la curiosité de le regarder.
    Très beau texte Sabine…

  13. Rabia says:

    Vous savez trouver les bons mots pour décrire un moment grave.
    L’annonce de cette salle maladie est toujours un choc.
    Ayant été victime de cette maladie dans mon enfance, je suis bien contente de ne pas avoir eu ce terrible moment de stress et de doute.
    La maladie je l’ai vécue à travers mes yeux d’enfant.
    Ce sont mes parents qui ne comprenaient pas bien le français à cette époque qui l’ont vécu.
    Aujourd’hui avec mes parents, on se remémore ces moments mais surtout ceux qui m’ont permis de me forger le caractère qui est le mien aujourd’hui.

  14. Christelle77 says:

    Il faut avoir vécu certaines choses pour pouvoir en parler. Le face à face avec la maladie en fait partie pour vous et l’affrontement dans la solitude aussi, parce que, vous le disiez alors, on reste seul face à sa maladie, même si l’on est entouré d’amour.
    Un très beau texte, rempli de calme, de recul… alors que pourtant …

      1. Josiane says:

        Pas tres gaie cette photo…Ce squelette et deux chaises vides….soit les personnes s’en « sont sorties »..,soit elles sont décédées….le squelette peut représenter la mort,quelqu’un qui se bat contre la maladie avec ts les traitements possibles ( avec ts les effets secondaires….) sa vie est prolongee mais malheureusement elle est condamnée….

      2. Sabrina PO says:

        Je vais essayer …
        Une personne qui devient l’ombre d’elle-même (sur cette photo.. un squelette) qui se meurt .. à l’annonce de sa maladie ou durant tout le temps de celle-ci.
        Il est assis sur un fauteuil dans une salle d’attente , la tête baissée .. attendant le verdict la sentence .. soit bonne soit mauvaise et qui le fera soit mourir ou soit reprendre du sel de la vie.
        Je cherche a comprendre.. pourquoi cette ecuelle ( si ça en ai bien une ? ) au sol posée devant lui .. ?
        Peut-être que je me trompe complètement .

        1. Sabine Thierry says:

          non tt simplement la mort qui attend le verdict dans la salle d’attente.
          Soit elle prend le patient soit elle repart bredouille…là je vous rassure elle attend pour rien!

  15. Sonia M says:

    Très beau texte !
    J’ai refait le chemin de mon père à travers vos mots.
    L espoir tenace jusqu’au bout. …
    Malgré tout notre amour et notre présence et surtout son combat acharné contre la maladie ,il nous a quitté….

    L examen.
    L annonce
    L incompréhension
    Le déni
    Pourquoi ?
    L acceptation
    Le combat
    Le courage
    La dignité
    Et à nouveau la vie pour certains !
    Même si plus rien ne sera pareil après une telle épreuve. ..
    Longue vie à ELLE ! !!😊

  16. Nam says:

    Je n’ai pas les mots mais j’espère qu’il y a une vie après là haut. Je ne sais pas, en tout les cas, n’oubliez pas, votre père: « fier de vous » je suis sûre même s’il ne vous l’exprimait pas. Je vous envoie un petit trèfle à 4 feuilles🍀pour la symbolique. Pour que vous ayiez un peu de bonheur partagé là où vous vous sentez bien et avec vos enfants peut-être. 😉

    1. Sonia M says:

      Merci Nam , votre message me touche beaucoup.
      Mon père a appris qu’il avait un cancer le 22 décembre. …Il nous a quitté le 22 avril.
      Quatre mois intenses. …Une nouvelle relation c est établie entre nous. ..Je l ai observé d une façon différente. …J’ai profité de lui à fond. …Je lui ai dit que je l aimais comme jamais auparavant et lui de même. ….Cette épreuve a mis nos coeurs à nu. …
      Aujourd’hui je me sens en paix , je sais qu’il est bien là où il est. …Merci à Sabine pour cela.

  17. Anne64 says:

    Je me souviens aussi très bien de ce texte très poignant sur «ELLE», ce texte m’avait marquée.
    Après l’annonce de la maladie qui déferle sur soi comme un tsunami, qu’il est bon de goûter au calme apaisant de l’annonce de résultats encourageants ou annonçant une guérison. Un poids s’envole alors tout d’un coup et la vie devient plus légère.
    J’aime beaucoup la phrase «heureuse, sa liste de courses devient comme un programme de vie». Je réalise aussi que cette phrase et ce qu’elle signifie, il faut veiller à ne pas l’oublier, c’est trop important. Il faut savourer le présent et arrêter de se laisser envahir par des détails sans importance.

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