Les chroniques de Sabine…la randonneuse.

Je lève les yeux, plus de mille mètres de pierres et de rochers s’élèvent devant moi, plus de cinq cents chemins pour arriver au sommet, il ne me reste que  l’embarras du choix. Telle une dévote abîmée dans la prière, j’avance concentrée  pour ne pas me blesser.  Lestée par le poids de mon propre silence et de celui de mon sac à dos, avec lenteur je grimpe pas à pas un rocher après l’autre. Au bout d’une heure, J’ai déjà  le vertige mais ne m’écoute pas, je me retourne et aperçois tout en bas le Cap et ses demeures imposantes aux façades jaunes, bleues, roses rehaussées de jolies fenêtres. Un peu plus loin, des villages nobles sont agglutinés à l’ocre des rochers, aux verticales des cyprès, aux lignes des crêtes sur fond d’azur intense, tout en bas un filet d’eau, l’océan s’en est allé au fond de l’horizon où il semble dormir. Il fait 30 degrés, je suis sous un soleil puissant, l’air tremble de chaleur,  accablée par le climat africain je suis en sueur au bord de l’évanouissement, la promesse d’arriver au sommet est déjà teintée de regrets, pourquoi suis je là? L’endroit est sec, la chaleur suffocante, le soleil a labouré la montagne jusqu’à la brûler, sa lumière traverse mon tee-shirt, je craints l’insolation malgré mon chapeau, sous l’effort l’air me manque, l’énergie aussi ou bien est ce tout simplement l’absence de volonté. Mes gestes ne sont plus coordonnés,  je glisse et maladroitement me rattrape, j’ai envie de pleurer, je manque d’ombre et souffle comme une forge, le bonheur d’y arriver n’apporte aucun répit à cette pesanteur malveillante. Des cailloux affleurent, des brindilles surgissent au hasard, des ronces et buissons épineux me griffent les jambes, au-dessus de moi un aigle déploie ses ailes et s’envole majestueux dans les airs, à ma droite, posée sur un flanc une famille d’antilopes  me scrutent de leurs grands yeux noirs, autour de moi sauterelles, papillons et grillons m’accompagnent dans ma peine, les voir aussi alertes me fait sourire et me permet un instant de congédier la douleur, je m’en veux de ma lourdeur et leur envie leur légèreté. Après trois heures de marche, j’arrive épuisée au sommet avec le sentiment de l’aventurier qui vient de franchir  une frontière interdite. L’air est plus frais,  les nuages et la brume enveloppent telle une couverture d’amour le sommet tant espéré, tout semble sur pause, c’est magnifique. Je peux contempler le ciel, et la mer, capter un souvenir en me faisant la promesse de ne jamais l’oublier. Le sentiment d’être sur le toit du monde dissipe l’ombre de mes yeux  et la douleurs dans mes membres.  A l’horizon, il y a les  montagnes majestueuses et imposantes qui séparent tandis que  la mer dans un dégradé de bleu  réunit, et puis il y a  moi tout la-haut qui savoure, éreintée un moment de contemplation paisible.

à demain, ou pas…

Ps: Avant que vous posiez la question, non ce  n’est pas moi sur la photo!

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  1. Maxime says:

    « Entre les rivages des océans et le sommet de la plus haute montagne, est tracée une route secrète que vous devez absolument parcourir avant de ne faire qu’un avec les fils de la Terre »

    Khalil Gibran

          1. Christelle77 says:

            Aïe, je viens de lire en bas que demain, il y aura de nouveau interro écrite !! Or, demain, c’est chaud les marrons : Boulot + Conférence + musique le soir + réviser mon entretien d’embauche du lendemain ! Je vais avoir 2 jours un peu surbookés ! … Si en plus je dois crapahuter dans la montagne… ! … Oups, je crois que je suis en train de râler là non ?! lol … Bon je verrai ce que je sèche quand le moment viendra !

  2. Pascale says:

    Oh dommage j’aurai tellement aimée vous voir en photo réellement j’y ai cru ! …
    demain peut-être ?
    Bravo Sabine bravo pour votre effort !!
    Là où il y a une volonté il y a un chemin … Merci de ce partage …

    1. Sabine Thierry says:

      Pascale impossible de vous répondre sur votre adresse mail, j’ai bien eu votre question mais ne peux pas vous faire parvenir la réponse. Pouvez vous faire qq chose?

  3. Nurse 24 says:

    Délaisser les grands routes pour prendre les sentiers c’est aller au plus profond de soi…
    Gravir, grimper, aller vers le haut…nous rend meilleur, c’est une aventure comme la vie, une aventure qui nous rend meilleur
    Le dépassement de soi c’est ne pas regarder en arrière parce que ce n’est pas là que l’on va !
    Ici, la nature et vous ne font plus qu’un … quel majestueux décor à l’image de votre prose.
    Un profond respect pour la vie l’illumine…plus qu’une chance d’être en vie, c’est un devoir de l’aimer …
    J’ai fermé les yeux et je m’y vois….l’extase tout simplement
    Merci pour ce joli moment

  4. Sabrina PO says:

    De vraies belles lignes dans cet article encore une fois .
    Se surpasser.. Le dépassement de soi.. ne jamais baisser les bras c’est ce dont votre texte me parle .
    Je me suis inquiétée, je me suis dis que c’est ce que vous aviez vécu mais en même temps vous montrez que pour souvent atteindre le sommet le chemin peut-être très rude.
    Merci Sabine pour ces lignes d’encouragement .

      1. Nurse 24 says:

        Quelle faiblesse? Celui où celle qui fait l’effort de…qui surmonte…qui se dépasse est un être fort!
        Ne dites pas de bêtises ma très chère Sabine!!!!
        Et j’ai un profond respect pour ces gens là qu’il s’agit de sport, de lutter contre la maladie ou surmonter un souci quelqu’il soit !
        Force et honneur !

  5. Anne64 says:

    Se dépasser et éprouver la satisfaction de l’avoir fait. Être fier de soi tout simplement, après avoir réussi à faire quelque chose qui nous a demandé des efforts. C’est marrant, pas plus tard qu’hier, je parlais de cela à mes petits élèves, à une autre échelle maïs c’est pareil.
    Sabine, j’ai souffert avec vous dans cette montée, sous cette chaleur écrasante et quel bonheur d’atteindre le sommet, des paysages qui sont une récompense pour les yeux et un trésor pour les souvenirs à conserver dans sa tête et dans son coeur.

    1. Sabine Thierry says:

      Mais ce n’est pas fini, vous n’avez pas encore souffert suffisamment, demain vous attend les plus courageux un nouvel effort…on s’accroche Christelle et on ne râle pas, je vous imagine déjà sous un immense chapeau, badigeonnée de la tête aux pieds d’écran total….

  6. Cedric says:

    Une belle ascension, celle de Table Mountain! Un vrai dépassement de soi! Tu peux être fière de toi et je t’envie. Moi, l’année dernière, par manque de temps et par facilité, je me suis contenté d’aller au sommet de la célèbre Montagne de la Table, en prenant le téléphérique. Par contre, n’ayant pas peur du vide et n’ayant pas le vertige, je me suis aventuré au sommet pour prendre la même photo que celle que tu as choisie en illustration. Je suis resté prudent! Sois fière de ton exploit!

    1. Sabine Thierry says:

      Je me souviens et une pensée pour toi aussi ce jour là parce que je suis sûre que la légèreté pour monter toi tu l’as sans aucun doute!à faire lors de ton prochain séjour! Dans une semaine, je vous emmène plus loin, un ailleurs que je ne connais pas…

  7. Josiane says:

    Bravo,moi qui n’aime pas le vide….une fois de plus’c’est très bien raconte,on imagine bien chaque etape de cette rude montée, une fois arrivée au sommet,que tout est beau,on se dit wouah…. on oublie vite ts nos douleurs,on se pose en se disant « ‘on est pas bien là ? »(ca m’est déjà arrivé….moi’c’etaient des marmottes qui me regardaient😊)

    1. Tatie momo says:

      Vos mots nous parlent…nous avons gravi des sommets ( pas tous!!!) nous les Pyrénéennes, pas très hauts mais difficiles, longs, si dur physiquement que l’on a voulu tout arrêter, tout laisser, carrément abandonner! ( surtout avec le sac à dos chargé +++) On se dit alors emporté par la douleur, la colère presque, mais pourquoi ? Que faisons nous là ?
      Et au bout du bout…en haut, tellement magique, sublime, que tout est oublié. L’expérience la plus marquante pour moi est la randonnée pour atteindre le lac de Baroude, un des plus bel endroit des Pyrénées. Un lieu magnifique, un paysage quasi lunaire que l on ne peut voir qu’après un effort presque surhumain ( je ne suis pas une grande sportive…)! Chez nous on dit: Faire Baroude et mourir « pour vous dire la beauté du site…
      J’ai envie de dire aussi : belle leçon d' »Humilité » car personne n ‘est là en haut pour vous applaudir, vous féliciter il n’y a que vous, rien que vous …un combat mené par vous, pour vous !
      Et bien entendu le parallèle avec la vie, les épreuves traversées, les durs moments vécus et enfin l’ouverture, l ‘horizon qui se dégage … Dans cette douleur physique aller chercher la force, la résistance pour continuer et aller toujours plus loin , se dépasser !
      ( J’ai pensé à l ‘accouchement en même temps que j ‘écrivais: la douleur forte qui vous déchire, qui vous dévaste et le bonheur, le bonheur absolu d’avoir votre enfant tout contre vous, de donner la vie!)
      Oh oui que ce texte nous parle ! Merci !

      1. Sabine Thierry says:

        Tout est dit Monique et…sacrément bien, le parallèle avec l’accouchement est tellement vrai pour celles qui ont eu le courage d’accoucher sans être sous péridurale!!!!

  8. Christelle77 says:

    Mon Dieu ! Je suis lessivée ! J’ai tenté de vous dire, durznt le trajet, de trouver dare dare un coin d’ombre… mais vous ne m’avez pas écoutée ! Si jetais votre mère, je pourrais vous gronder !!… bon j’espère quand même que cette fois ci vous n’êtes pas monté la-haut en tong !!!
    Allez je m’en vais boire un coup ! Le Vieille Âme fatiguée qui est la mienne doit aller se reposer de cette montée pour par corps interposé ! 😄

  9. Carole says:

    « je m’en veux de ma lourdeur et leur envie leur légèreté », je comprends bien cette phrase…
    C’est digne d’un pélerinage ! un dépassement de soi.
    Mais se rapprocher d’un aigle , quel bonheur !
    Merci pour ce partage qui nous pousse à nous dépasser.

  10. Sonia M says:

    Il me semblait bien que c était la photo que vous aviez mise lors de votre première ascension de Table Mountain.
    Et contrairement à la première fois vous m avez fait souffrir à vous suivre sur le toit du monde !
    Mais quelle magnifique escalade tant dans la beauté du paysage, que dans la capacité à se dépasser. …
    Vous avez aujourd’hui partagé votre souffrance simplement, sans chichi (comme vous dites , ça me touche …
    Et la satisfaction de l effort, la récompense.
    Un texte qui fait suite à celui d hier.
    Ne jamais baisser les bras !
    Bonne soirée Sabine.

  11. sylvie méditerranée says:

    AH!!!!NOTRE BELLE WONDER WOMAN !!!!!!!!!!!!!!!!!
    Notre belle aventurière avec une sacrée force de caractère pour partager ces moments idylliques avec nous. Toujours avancer quoi qu’il en soit pour nous faire découvrir de merveilleux petits coins de paradis . De nous emmener plus haut sans craindre de vous mettre en danger . Je suis vraiment époustouflé des parcours que nous vivons ensemble chaque jour avec vos écrits , apportant le sourire , l’espoir , la compassion , l’enthousiasme , l’amour de soit mais aussi pas que et aussi à dépasser nos angoisses et de gravir les sommets pour mieux avancer .
    Bravo Bravo SABINE quel magnifique excursion pour cette vue grandiose .
    En regardant la photo il y a comme une forte ressemblance vue de dos !!!!!!!!!!!!!!!!
    ceci dit elle est très jolie !!!!!!!!!!!!!!!! un grand merci pour cette jolie balade .

  12. kittie says:

    je me retrouve dans votre recis pour avoir grimpe souvent en montagne . le decouragement , la douleur de l effort .et puis on y arrive et arrive au sommet on oublie toutes les gouttes de sueurs versees durant la montee .on ne voit que la beaute du paysage , la premiere sensation c est ce petit air frais qui vient vous carresser le visage et qui vous donne des forces .au sommet des montagnes je fais le vide dans ma tete j oublie tout .je me nourris de la beaute du paysage , du silence ,ce silence pur , sauf le cris des marmottes .je me sens forte , mon corps se detend .je me sens libre .merci pour ce beau temoignage sabine je me voyais a vos cotes .

  13. michel says:

    Bravo pour votre détermination après cette balade difficile avec une très grande chaleur. Vous pouvez être fière car quand on arrive au bout , on est content. La douleur , la fatigue fait que vous pouvez abandonné mais grâce à votre volonté vous avez supporter tout ça.Vous êtes une sacré sportif ..

  14. DANY says:

    Bravo Sabine pour la randonnée et toujours pour le détail de votre texte . On a souffert avec vous …..
    Je crois que j’ai bien ressenti votre dépassement de l’effort car j’ai vécu cela il y a quelques années dans le désert du Néguev en Israël . Toute une journée de marche sous un soleil de plomb (40°) juste un rocher de temps en temps pour un peu d’ombre . ça ne montait pas mais que des chemins caillouteux .Cerise sur le gâteau j’avais une sciatique ..Je pensais ne jamais arriver . Et puis j’avais pas le choix .J’avais accepté de partir il fallait avancer. Je me suis raccrochée à mes croyances et je suis allée au bout . Et je pense que le corps est capable de résister beaucoup plus qu’on ne pense . Vous connaissez sans doute Mike Horn qui plaide toujours pour le dépassement de soi. Il a tellement raison…..

  15. Domino says:

    Votre texte ressemble à un cauchemar au début … On souffre avec vous. On se dit « mais qu’est elle allée faire dans cette galère ? » On se demande comment ça va finir … Puis, enfin, tout s’arrange !!! Une métaphore de la vie, de ses difficultés, et de la nécessité de les affronter pour mieux savourer ensuite.
    Mais je me dis « Et la descente ??? » Va t’elle être aussi pénible que la montée ?

  16. Goldy says:

    Mais quel périple!! On vous reconnaît bien là : j’y suis, j’y vais, je rame mais je ne lâche rien et ravie de l’avoir fait!!
    Merci pour vos lignes toutes en détail, en sincérité et simplicité. N’avez-vous pas senti notre soutien… moral pendant votre ascension!! 😉
    Encore bravo, vous êtes une battante… méritante

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