L'écrivain

Fantôme

Au commencement.

Il fait nuit noire. Il y a le souffle du vent. La douceur de la pluie. La brûlure du soleil. L’éclat de la lumière. Le brouillard sépia. La caresse de l’air.
Il fait nuit noire. Il y a les cordes du violon. Les notes du piano. Le son du hautbois. Au gré des vents, les sons s’épousent un instant, s’enfoncent dans le flou, s’éloignent, se détachent un à un, emportés dans leur chute par leur poids, pour toucher le sol. Arrosé par des larmes d’anges, un orchestre symphonique digne d’un conte musical accompagne ma danse, communique en blancs et en souffles, donnant la réplique au chant des étoiles. J’erre. Je vais, et, je viens. Je tourne. Je vole. Je tourbillonne. Mes errances m’enfoncent. Je suis un atome plongé au milieu de l’univers. Un simple électron maintenu dans un sommeil profond, brumeux et incolore où rien ne me parvient du monde qui m’entoure. Un être de vide entre deux néants. Je ne rêve pas encore.
Sans nostalgie, je ressens le sens, le sensible et l’hymne à la beauté des sentiments.
C’est un air qui me dit … n’aie pas peur.
Un air, je ne sais pas pourquoi, qui me tire une larme. J’ai le tournis.
Un air qui me dit… lâche moi la main. Un frisson ressenti.
C’est un air qui me dit…ceci est le prélude de ta naissance.

La naissance…

Un labyrinthe. Il y a le bruissement de conversations feutrées. Un souffle derrière une porte. L’endroit sent la sueur et l’urine. Un coup est sonné par l’horloge. Des sanglots découpent sa voix en segments, ses paroles se hachent avant de tomber en miettes. La femme est allongée. le front en sueur, ses cheveux humides tombent en mèches autour de son visage aux traits tirés. Elle a le feu aux joues, et se débat avec force. La lumière bleutée de la lune semble l’éclairer. Les cris et les gémissements dégoulinent autour d’elle, ses mains agrippent son ventre. La peur l’enveloppe comme une couverture qui gratte. La ronde des comment et des pourquoi entraîne son esprit dans des lieux obscurs. Presque un regret…une colère douce la tient en laisse. Dieu que ça fait mal ! Son ventre arrondi lui semble plein d’épines. La douleur n’est pas une ligne droite. Depuis six heures, elle l’habite comme un poison, allant et venant dans ses veines. Entre ses cuisses, du sang. Dans la profondeur d’un monde intérieur, face à un trou sombre et béant, une fenêtre dans le cosmos.
J’ai peur, je suis pétrie de doutes, comme elle, j’ai mal aussi.
Elle a les yeux fermés, pleins de larmes contenues. Grelottant dans sa chemise trempée, la femme pousse une dernière fois de toutes ses forces.
Le sommet d’un petit crâne brun. Des millions d’éclats, des millions de particules de mémoire se dispersent. Je navigue de réminiscences en bribes d’odeurs. Des couleurs. Des images. Je me laisse flotter de plus en plus haut, jusqu’à ce que je puisse sentir la caresse des nuages. Une explosion de lumière blanche scintille d’éclats magiques. Tout un passé s’enfuit, je viens d’un monde qui est en train de se fissurer. Et dont bientôt je ne me souviendrais plus.
La lumière s’est éteinte, comme des étoiles mortes à la dérive, tous ces souvenirs si précieux ont disparu, moi, je redescends en cendres.
Un silence lourd, puissant, aussi paisible qu’un ciel d’orage, à croire que le monde s’est arrêté de tourner. Un picotement d’abord. Puis, une insupportable brûlure. Un cri profond. Un cri dévoré de l’intérieur. Je sens mes artères se gonfler. L’oxygène pénètre ma gorge et dilate mes poumons. Les battements de mon cœur s’espacent. Un froid immense. On m’attrape, on me bouscule, on me met la tête en bas.
Deux mains fines présentent le bébé à la lumière. Je sens l’étreinte des bras de celle qui sera ma mère, il y a son souffle chaud contre ma joue de celle que j’ai choisie. La femme se penche sur moi. A travers la fente de mes yeux entrouverts, j’aperçois un regard noir ceint de cernes d’une maturité sans âge. J’ouvre les yeux, lentement pour que la douleur et l’obscurité me quittent. Je suis entrée dans le corps d’un nouveau né. Je respire l’air qui m’entoure. Les effluves du parfum de ma mère. Je grave sa silhouette dans ma mémoire et absorbe un peu de son extraordinaire présence. Elle me prend gentiment la main. La porte à ses lèvres. Elle me sent, me renifle, compte mes doigts, pourvu qu’il y en ait 10. Les images s’articulent et s’animent. Je capte l’écho des voix lointaines. Des voix qui m’enveloppent, qui me submergent, des voix qui disent : c’est une fille !
Un poids que je ne savais pas que je portais en moi me quitte. Je laisse libre cours à mes larmes. Je digère cette masse d’infos qui m’obscurcit l’esprit.
Le jour décline, dehors, sa lueur estompée par la brume rampe sur le sol. Les bruits du monde s’élèvent dans l’air glacial avec la fumée blanche des haleines. Je m’habitue, je m’imprègne. J’ai 7 heures. La pièce n’est plus la même. Elle est plus petite, plus sombre, plus froide. Un léger courant d’air agite les rideaux. Je perçois le doux bruit de ma respiration et le bourdonnement d’une mouche qui rebondit contre les murs. A travers la cloison de plâtre, je capte d’autres bruits. Un autre nouveau né, à côté, s’étrangle. Un frottement de pantoufles sur le carrelage du couloir. Le couinement de la porte qui s’ouvre. Un filet de voix. Une autre maman dit avec douceur…chut. Elle recouche l’enfant après l’avoir dans ses bras, bercé, et lui caresse la joue. Le silence retombe. Les cauchemars, mais aussi les rêves vont pouvoir commencer. Je lève les yeux vers des bouts de ciel. Face aux flammes rouge et or qui embrasent l’horizon, je savoure mes premiers instants. Je souris. Je vis. Je suis née.

Les premières semaines…

Le silence a repris ses droits. Tout est calme. Pas un bruit. Il n’y a que moi, la maison et le silence inodore de cette journée hivernale. Je ne peux rien faire d’autre que rester étendue dans ce berceau blanc, et attendre. J’apprends à cultiver le temps libre, celui qui passe tout lentement. J’apprends ce qu’est le bonheur d’être en vie et de s’y accrocher. J’habite ce petit corps aussi lourd que l’atmosphère. Figée à l’intérieur, je m’efforce de ne pas bouger. Je m’efforce de ne pas écouter, de ne pas sentir par peur que ça s’arrête. Sur le dos, je regarde le plafond, et lui offre ma faiblesse. Je fais l’apprentissage des brouillards. J’attends patiemment le moment délicieux de l’étreinte de ces bras familiers, ceux qui accueillent les instants de bonheur, la chaleur d’une mère. La porte s’ouvre, laissant entrer un courant d’air froid, quelques feuilles mortes et une effluve de terre mouillée. Auréolé d’une lumière chaude, le corps élancé de ma mère m’apparaît dans l’encadrement. Dehors, la journée a capitulé, laissant la place à la nuit tombante. Une grand maison silencieuse, entre elle et moi une paix tranquille, l’armistice signé depuis une éternité, j’ai déjà quelques semaines. C’est un endroit à part où le temps se dilate. Au cours des mois qui passent, je vais grandir, je vais grossir. Je suis prête. Au cours des mois qui passent, je vais apprendre à devenir moi. L’avenir m’attend, inconnu et imprévisible. Je sais déjà que chaque instant vécu sera un cadeau.

Si vous fermez les yeux et si vous laissiez venir les images, ce prélude aurait pu être le vôtre, celui de votre naissance.
Malheureusement vous avez beau essayer, les images à vous, ne viennent pas.
Pour écrire ces lignes, j’ai convoqué un monde qui se refuse à disparaître. L’au-delà. J’ai fait le voyage au cœur de mes racines pour raviver par l’écriture la mémoire de ma naissance, en mettant en avant la rencontre et l’irréel. Aujourd’hui je nourris un rêve, secouer l’homme de la rue avec mes certitudes. Il y a une vie avant, il y aura une vie après, il y a une vie autour. Je vais utiliser les outils dont je suis parée depuis ma naissance pour retracer sous forme de livre des parcours de vie. Liseuse, il me suffira de toucher une photographie pour que les mots surgissent, soufflés à bout de vie. Les mots formeront alors les pensées, les choix et les promesses de celui ou de celle que je raconterai. Des mots choisis qui épouseront l’histoire de sa vie. Des mots qui déploieront au plus près toute la palette des instants précieux, heureux ou malheureux, de la personne choisie.
Alors si vous avez envie d’offrir à un être qui vous est cher le livre de sa vie, un livre qui resterait après, un livre qui permettrait de ne jamais l’oublier. Un livre, pour que jamais la nuit ne recouvre son prénom, vous l’écrire sous certaines conditions, moi, écrivain fantôme, je m’y engagerai.

Comme disaient les Égyptiens dans le livre des morts…tant qu’on prononce le nom de quelqu’un, il n’est pas mort.

Témoignage de Cécile suite à l'écriture de son livre par Sabine

2015, à la croisée des chemins, je décide d’écrire pour mes enfants. Pour leur laisser des réponses si toutefois un jour ils en éprouvaient le besoin. Le vague à l’âme, je jetais de la couleur sur quelques pages blanches.

J’avais eu vent de l’existence de l’écrivain fantôme, celui qui au fil de vos récits accouche des quelques pages de votre vie. Mais j’attribuais cette démarche aux personnes narcissiques ou à celles qui s’accrochent à la vie espérant repousser la mort ou encore à celles qui ont eu une vie pleine. La mienne me semble si insignifiante que l’idée ne m’a pas même effleurée.

Et puis, Sabine dont je connaissais le talent pour choisir le mot juste et la capacité d’adoucir sans trahir, exit les larmoiements inutiles, celle dont j’avais déjà lu ses livres, proposa une démarche unique, originale : être la plume de mes émotions, retranscrire en relief ma courte existence. Le tout avec le don de voyance, se mettre dans ma peau, revivre des étapes de ma vie, faire ressurgir l’essentiel, les émotions d’alors. Nous voilà replongés dans un passé que nous avons parfois voulu oublié ou maquillé.

Pourquoi changer de point de vue et m’engager alors dans cette démarche ? Parce que je savais que la plume de Sabine écrirait avec justesse, équilibre ce que moi je ne sais pas faire. D’abord parce que je ne suis pas écrivain, puis aussi parce que j’étais concernée au premier chef et que ma mélancolique écriture ne transmettrait pas le message avec la légèreté que j’aurais souhaitée pour mes enfants. Un récit authentique, où Sabine a su ressortir la substance moelle de mes émotions et de quelques étapes de ma vie.

Un livre de moi, écrit un peu pour moi, beaucoup pour mes enfants. Un peu pour moi parce que j’ai dû replonger dans mes souvenirs, et j’ai pu ressentir que tout passe même les épreuves qu’on pense ne jamais pouvoir surmonter, on laisse son passé un peu plus et on se remémore les tendres moments.

Mon petit livre aux couleurs du ciel, de la mer, de l’océan, ces éléments que j’aime tant. Il veille sur mon sommeil, posé sur ma table de nuit. Je réserve un exemplaire à ma fille et à mon fils. Un jour, grâce à la surprenante plume de Sabine, ils sauront en douceur pourquoi…

Cécile 

Un jour, grâce à la surprenante plume de Sabine, mes enfants sauront en douceur pourquoi...
Cécile

Le processus de rédaction.

Écoute, échange, rédaction, impression...

étape 1

Premier contact

Rendez vous téléphonique pour faire connaissance. Je vous explique ma façon de procéder, mes attentes. Ne perdez jamais de vue que nous écrivons à deux.
Vous seul déciderez du nombre de pages à rédiger, de la présentation du texte, de la couleur de la couverture. Tous les livres d’écrivain fantôme ont la même identité, la même topographie, la même présentation, le même titre, le livre de…
varie uniquement le prénom. (voir pour exemple Le Livre De Cécile.)
Il me faudra pour bien m’imprégner du personnage, des photos, voir peut-être des objets. Une date de naissance et les dates précises concernant les années clés . Prise de notes essentielle pour vous, comme pour moi.

étape 2

Rédaction de votre histoire par Sabine
Des échanges seront quasiment quotidiens, voir très rapprochés pour la lecture de chaque chapitre avec correction si besoin. Les écrits seront finalisés qu’après votre accord. J’écris et vous fais lire un chapitre après l’autre. Vous serez surpris par l’intensité de ces moments. Nous ne ferons plus qu’un. Attendez vous à un vrai travail d’introspection, un peu comme une thérapie.

étape 3

Imprimerie, édition et reception de votre livre

Un correcteur professionnel relit votre livre.
Les écrits corrigés sont envoyés chez un imprimeur.
Votre livre est prêt.

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