Le Grenier…par Virginia Townson. Acte 1.

Krystel, aux prises avec la vieillesse,

remontait le temps,

elle avançait péniblement à l’aide d’une canne dans le grenier.

Dehors, l’hiver faisait ses gammes,

il faisait nuit noire,

la pluie et le vent, funestes notes de musique qu’on lance dans les nuits ivres  accompagnaient ses pas.

Statue impassible aux larges épaules taillées dans le roc,

elle était assise dans un fauteuil de vieux velours rouge qui avait connu plusieurs vies.

Elle ouvrait avec parcimonie des cartons remplis de livres  et de courriers,

des photos et des lettres en attente, chargées d’histoires soupiraient dans l’ombre.

Elle arpentait tout doucement ses souvenirs,

remontaient les moments fous de la passion, et ceux du désespoir après la lâcheté,

préférant le silence aux mots inutiles, elle prenait tout son temps et les découpait en lamelles.

Sa mémoire se remplissait comme une bouteille,

se remémorer, tout d’un coup, c’était comme ouvrir les fenêtres ,

pour permettre au vent de chasser les mauvaises pensées,

parce que dans sa tête, en vieillissant, il pleuvait et il faisait beau en même temps,

c’était comme si la vie entrait dans la mort ou,

le contraire.

Souvent il lui arrivait de chercher le pont entre rêve et réalité.

Sa vie était un cimetière d’espoirs déçus et le remord,

le poison de sa vie, pensait-elle.

Le désespoir la terrorisait, il trouvait sa force dans la nuit,

alors tous les soirs dans son grenier,

elle rentrait dans son passé comme on rentrait chez le docteur,

pour soigner une solitude.

Elle savait combien la vie était une drôle d’aventure,

pleine de pièges, de tentations et de coups durs.

Restait aujourd’hui le temps et la mémoire,

et une blessure fantôme qui la hantait.

 

Virginia vous propose cette semaine de participer.

En effet, elle a revisité LE GRENIER,

et se l’ai approprié,

Demain et ce,  durant plusieurs jours elle vous écrira une suite à ce texte façon feuilletons…

elle sait tout comme moi que vous adorez ça.

De plus nous vous proposons de jouer le jeu et d’écrire une suite après elle.

Voici pour vous un début d’intrigue, en attendant demain de la lire,

amusez vous et racontez nous ce soir une suite.

Nous avons hâte toutes les deux de vous lire.

Bonne chance.

 

27 Commentaires
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27 Commentaires

  1. Josiane says:

    ‘sa vie était un cimetière d’espoirs déçus et le remord le poison de sa vie…. »le décor est planté!! Krystel semble être passée complètement a côté de sa vie..très beau récit…

  2. sylvie Méditerranée says:

    Comme tous les soirs , elle s’assoie dans le fauteuil de velours rouge ; et ce soir ces pensées vagabondes au milieu de ce tas de cartons, elle prend une lettre toute jaunie par le temps , et celle -ci glisse de sa main en tombant une photo s’échappe de la lettre ; puis elle la ramasse la photo , et là il apparait un jeune homme vêtu d’un ensemble militaire.
    Le temps passe et mille souvenirs viennent frappé comme un tambour dans sa mémoire épuisé , et tout à coup ses yeux larmoyants et puis quelques larmes coulent le long de ses joues vieillis .
    Soudain elle se lève puis pose la lettre et la photo sur une vieille commode toute bancale aux odeurs du temps passé.

  3. christelle77 says:

    Cette blessure… Oh, ce n’était pas une vilaine blessure sanglante, de celles qui laissent des cicatrices terribles sur le corps. Non. Sa blessure à elle, c’était une blessure de l’âme, de celles qu’on peut facilement cacher aux autres sous un sourire jovial, sous une impression constante de légèreté, d’optimisme, une impression de détachement par rapport aux choses presque.
    A 45 ans, Krystel avait choisi de bousculer sa vie. Elle avait changé de métier, changé d’appartement, changé sa garde robe. Dans son euphorie, elle croyait même être une autre femme, plus sûre d’elle, plus maitresse de sa destinée, prête à toutes les folies ! Et Marc était passé par là, comme une positive tornade qui emporta tous ses doutes sur son passage, comme un ouragan qui la débarrassa des arbres trop frêles de son jardin pour ne garder debout que ceux suffisamment forts. Pour la 1ere fois de sa vie, elle habituellement si prudente, si peu courageuse, elle avait succombé à cette folie. Totalement malgré elle, elle avait capturé le corps, le Coeur et jusqu’à l’âme de Marc.
    Puis un jour, dans un subit retour de cette lucidité paralysante qui avait été sa vie passée, elle prit peur. Vous savez, cette peur qui vous prend quand vous avez sauté à l’élastique une première fois dans un cri d’euphorie mais qui vous empêche de recommencer parce que vous vous êtes aperçu, alors que vous pendiez dans le vide à une simple corde, qu’il suffirait d’un rien pour qu’il en soit fini de vous à tout jamais. Si certains veulent recommencer pour ressentir la même adrénaline, Krystel s’était fermée à tout jamais à cette seule idée, elle qui n’aspirait décidément qu’à la paix. Tel un cheval refuse l’obstacle alors qu’il vient brillamment de franchir tous les autres, Krystel se cabra et fit demi-tour. Le soir même, elle ressortit ses vieilles guenilles qu’elle croyait rassurantes, cessa de penser à de nouveaux projets parce que l’inconnu l’effrayait de nouveau, sans possibilité de le combattre. Le soir même, elle abandonnait Marc à son triste sort, se disant qu’il se consolerait sûrement de cette perte qu’elle pensait bien petite tant elle se dépréciait de nouveau !
    Une semaine après avoir fait l’autruche en ne répondant plus aux appels de Marc, en n’ouvrant plus la porte de chez elle derrière laquelle il pleurait tout son saoul, en rangeant dans le tiroir sans les avoir ouvertes, les lettres d’incompréhension de cet adorateur… le silence se fit. 3 jours après, dans le journal, son regard se posa sur l’angle gauche de la page nécrologique. « Famille et amis ont la douleur de vous faire part du décès de Marc L. 45 ans, qui a préféré rejoindre la lumière céleste et retrouver la paix ».
    Aujourd’hui à près de 100 ans (un châtiment du ciel peut être ?) Krystel habitait avec ce remords terrible qu’elle venait apaiser en lisant les lettres du seul homme qui avait su lui donner le sourire et qu’une peur, stupide peut-être, mais incontrôlable, lui avait fait perdre à tout jamais.
    Et sur le mange disque, tournait en boucle l’air d’Orphée pleurant son Eurydice…

  4. marie-helene dayre says:

    avec mes mots à moi….je l’imagine s’attarder sur cette boite en fer, comme de celle que l’on a tous au fond d’une armoire . Elle renferme des brides de notre histoire, tantôt triste, tantôt gaie…..Dans la sienne , elle y trouve une rose séchée, un petit paquet de lettres ouvertes et soigneusement ficelées, des vieux tickets de ciné, et un gant blanc……et d’un coup, sa mémoire s’envole et un large sourire s’empare de son visage ridé…..

      1. marie-helene40 says:

        je vous ai rencontré 2 fois et écouté à la radio durant de longues soirées. j’avais perdu de vu votre blog et je suis super contente de le retrouver…au plaisir de se revoir, un jour…

  5. Christelle77 says:

    Sabine, j’ai un sujet de philo pour vous… et je vous autorise à en faire profiter Virginia !
    « Comme l’a dit Rimbaud, « Je est un autre ». Commentez cette phrase » ! … Vous avez heures ! lol

  6. lili says:

    Sabine,
    Une fois de plus, la matière est là, belle, poétiquement tournée, bien imagée…
    Si d’aventure l’inspiration me venait, j’y viendrai mais j’en doute.
    Je lirai les suites avec gourmandise et j’attendrai la vôtre avec appétit comme toujours…

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