Le Grenier par Virginia Townson, Acte 3 et fin…

Au détour d’une rue,
une grande silhouette élancée,
avec en guise de carnet de voyage un appareil photo argentique autour du cou l’aborda.
Il s’appelait Charles,
il était américain et photographe de métier.
Très rapidement ils devinrent inséparables.
Les lendemains étaient beaux,
les heures s’annonçaient longues comme le jour,
ils prenaient le temps ensemble de grignoter une biscotte beurrée,
ils se réjouissaient du chant des oiseaux ,
du vol d’un papillon.
Une empreinte d’ensoleillement le poussait à regarder la vie autrement.

Au début de leur liaison, Charles éperdu d’amour afin de vivre au grand jour  leur relation, lui avait demandé de partir avec lui à San Francisco.
Là-bas, tout était possible.
Tu verras, lui disait-il,
demain on écoutera du Bach en songeant à des plaisirs faciles,
on changera nos draps et nos rideaux,
on nettoiera les miroirs,
on rincera notre linge à la lavande.
On ne se quittera plus.

Charles, deux jours plus tard l’attendait dans l’aéroport,

les billets dans la main, impatient il trépignait.

Christian n’avait pas eu le courage de tout quitter.

Il  y avait des hommes pour qui, à l’époque, l’océan atlantique représentait une frontière difficile à franchir.

Écrasé par le malheur,

Charles, le regard vide comme une maison abandonnée,  pleurait sur le silence des mots, en regardant depuis le hublot, l’avion s’envoler.

Christian, Condamné, savait aujourd’hui que sa fin était proche,
il était au soir de sa vie,
atteint du sida, il entreprenait une dernière fois de la dérouler.

Epuisé,
il était Somnolent et fit un joli songe.
Lui et Charles s’étaient retrouvés,
ils étaient tous les deux endormis dans un arbre immaculé plongé dans la lumière de la lune,

des mots murmuraient, dans le froid d’une âme à bout de souffle…

je t’aime pour l’éternité.

25 Commentaires
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      1. Tatie momo says:

        oui Sabine comme tous vos textes et ceux de « Virginia » une belle histoire d amour . Triste mais belle . Bonheur éphemère et à la fois éternel …

  1. Nam says:

    Cela nous plaît forcément vos écrits. Euh, pardon ceux de Virginia ;-). Que fait-elle en ce moment?. Elle risque de vous voler la vedette lol. Toutefois, c’est vrai que pour moi ce n’est pas du tout gaie. Cela ne peut pas toujours l’être dans une vie. La dernière phrase est plus gaie, car Aimer pour toujours est beau pour moi.^^

  2. Josiane says:

    Je pensais bien que Charles avait été important ds la vie de Christian….c’est beau et très triste a la fois,il avait le sida malheureusement combien comme lui sont décédés de cette maladie…et decedent encore,.qui sait peut être que Charles aussi l’avait,quelle rude épreuve de la vie

  3. Rabia says:

    Très belle histoire, même si elle est triste.
    J’admire le respect de Christian car peut être il voulait protéger Charles de la maladie.
    J’ai beaucoup aimé.
    Et oui dans la vie tout n’est pas rose.

  4. Nurse 24 says:

    Bouleversant, splendide…j’en ai la chair de poule! Sur des airs de « la route de Madison », la certitude d’aimer quelqu’un, une seule personne, celle que l’on éprouve aux plus profonds de nos tripes, ou malgré un passé, du vécu, c’est cette personne qui détrône tout le reste, c’est inexplicable, une évidence…cet amour là, l’a-t-on qu’une fois dans sa vie?
    Réflexion du soir, bonsoir!

        1. Nam says:

          L’amour pour un proche peut-être Nurse (sa fratrie, un parent, sa jumelle). Un amour différent, mais pouvant être si intense, une évidence et un amour éternel. 🙂

  5. lili says:

    Magnifique et dramatique histoire…
    Magnifique, car l’amour n’a pas de visage ni de sexe, c’est l’amour entre 2 êtres.
    Dramatique car à notre époque il est encore difficile de vivre en dehors des « bien-pensants »…dans notre pays, et pire encore dans d’autres pays plus fermés et je n’entrevois pas le moment où chacun vivra son amour au grand jour sans soucier du jugement d’autrui et à commencer d’ailleurs par le sien, de jugement.
    J’aime la poésie des métaphores des textes de Virginia… »pleurer sur le silence des mots » : on n’y pense pas et c’est tellement vrai, combien de larmes sur le silence des mots…combien de mots avons-nous espérer sans que jamais ils ne viennent ?

  6. christelle77 says:

    Belle réécriture d’une première histoire racontée il y a quelques temps et dans laquelle celui qui se mourrait du sida était… Charles !
    Je vous préfère cette fois-ci à la fois précédente Virginia ! Et savez-vous pourquoi ? A cause de la poésie ! Certes la poésie est habituellement l’apanage de Sabine ! Mais bon, c’est une femme partageuse n’est-ce pas ?! 😉

    1. Nam says:

      Ce qui veut dire que vous ne mettez pas de 0/20 comme vous l’aviez avancé la dernière fois Christelle? C’est parfait pour Virginia. ^^

      1. Christelle77 says:

        Oh mais c’est vrai ! J’avais totalement oublié ma promesse !! … Bon ben tant pis ! Le tout est qu’on ait du plaisir quoiqu’il arrive en lisant un beau texte ! Alors mission accomplie ! 😉

  7. sylvie Méditerranée says:

    Une histoire profondément touchante , deux personnes qui malgré tout ce qui a pu les séparer ( la peur ,la souffrance , le malheur, la séparation, la maladie, l’épuisement )
    L’amour est resté le plus fort.

  8. Pascale says:

    On aime pour une éternité … c’est joliment dit
    Je ne sais pas trop quoi dire sur ce texte perdre un être que l’on aime c’est terrible.
    La maladie dure épreuve pour beaucoup surtout quand c’est un proche qui s’en va …

  9. Sabrina PO says:

    Un très beau texte où amour et douleur se mêlent…
    L’un est prêt à vivre son bonheur au grand jour..
    L’autre ne l’est pas et sacrifie son bonheur pour cacher au yeux du monde sa différence… et mourir seul avec le souvenir de son bien aimé.
    Merci Virginia pour cette belle écriture , vous savez vous approprier un article et en adapter la force ou la douceur des mots.
    Très réussi car en vous lisant j’ai pu visionner cette histoire dans ma tête.

  10. Domino says:

    Refuser le grand amour par peur … Quel dommage ! Mais je ne juge pas (jamais). Chacun fait comme il peut. Triste en tout cas cette histoire …

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