Il était une fois…

Libourne, le dix-huit Juillet Mille-neuf-cent soixante douze.

Maître Jean-François Torreni, avocat à la cour de Bordeaux reçoit la lettre posthume d’un châtelain de Saint-Emilion, René-Gilles de La Vigne. Ce dernier vient d’être retrouvé au bout d’une corde, un escabeau à ses côtés, pendu dans le salon de sa vieille demeure au milieu des vignes.

Dans ce courrier Mr de la Vigne charge l’avocat de défendre ses intérêts post mortem.

Il donne plein pouvoir au juriste pour défendre ses intérêts après avoir rayer sa femme sur son testament.

Pourquoi s’est-il suicidé?

Pourquoi avoir fait le nécessaire pour déshériter son épouse?

Qui va hériter?

Alors tous à vos plumes…

j’ai hâte de vous lire.

 

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  1. Goldy says:

    19 juillet, 7 Heures
    Maître Torreni est assis à son bureau et lit, pour la énième fois cette lettre reçue hier à son étude. Il ne connaissait pas personnellement Monsieur de La vigne mais son père oui.

    Père Torreni était vigneron lui aussi et avait cotoyé Monsieur de La Vigne. Leur première rencontre avait été houleuse, Jean-François s’en souvient encore. Les fusils n’étaient pas loin de s’affronter. A cette époque, quelques vignerons avaient essuyé la colère d’un salarié renvoyé de plusieurs vignobles pour son alcoolisme avéré et qui s’était vengé en détruisant quelques parcelles de vigne voisines. Avant de découvrir le véritable coupable, les esprits s’étaient échauffés. C’est ainsi qu’était née cette amitié, solide comme un roc, entre les deux hommes.

    Aujourd’hui, en souvenir de leur loyauté et amitié, Monsieur de La Vigne faisait appel au fils post-mortem. C’était une première pour cet avocat et à la lecture de cette lettre, il allait de surprise en surprise. La Première, la date de la lettre : 3 mars 1972, il a plus de quatre mois, surprenant !

    « …
    Si vous recevez cette lettre, c’est que je ne suis plus de ce monde et je vous demande de faire justice…

    … depuis quelques mois, j’ai une tumeur au cerveau inopérable et mes jours sont comptés. Mais personne n’est au courant, excepté le Professeur Bourgeois, oncologue à Paris…

    …mon testament est confié à Maître Delacour, notaire à Fronsac, dans lequel je déshérite ma femme…

    … »

    Popopopo, mais quelle histoire, pense Jean-François. Il termine son café refroidi et compose le numéro de téléphone de Michel Sarmant, son ami mais surtout, pour aujourd’hui, le flic.

    – Oh salut JF, décroche Michel.
    – Bonjour Michel, ça va ? répond Jean-François.

    Après quelques banalités, Jean-François entre dans le vif du sujet et ils décident de se rencontrer rapidement.

    20 juillet, 13H
    Michel et Jean-François sont confortablement installés chez Dieter’s, un petit restaurant près de l’étude de Jean-François, un endroit où ils ont leur habitude et surtout où ils y sont en toute confiance.
    Alors qu’ils dégustent une bonne carbonade, Jean-François sort la lettre et la tend à Michel qui prend le temps de la lire.
    Il fixe son ami, l’air circonspect. Il a entendu parler de ce suicide, René-Gilles était une figure dans la région.

    – Oui, c’est particulier, c’est sûr ! Et pourquoi toi ? demande Michel

    Jean-François raconte l’historique de la relation de son père et de cet homme.

    Les deux amis terminent leur repas et Michel promet de se renseigner sur l’affaire et de le tenir au courant.

    Les jours passent, Maître Torreni travaille, tant bien que mal, sur ces nombreux dossiers en attente mais il ne peut s’empêcher de repenser à cette lettre. L’envie de contacter Michel le taraude mais il s’interdit de l’ennuyer. Il sait que son ami ne manquera pas de le contacter dès qu’il en saura plus. Et puis le rendez-vous avec le notaire Delacour n’est que dans quinze jours.

    A peine Jean-François replonge dans son travail, que son téléphone sonne. C’est Michel qui lui explique ses dernières démarches suite à leur rencontre.

    Après avoir contacté la police qui s’est occupée du suicide de de La vigne et raconté la petite histoire de la lettre, une enquête est ouverte mais aussi une autopsie a été demandée.
    Conclusion, le suicide n’en est plus un, des traces de cyanure ont été retrouvé en quantité anormale. L’enquête suit son cours et les soupçons se dirigent vers l’épouse, une veuve noire !

    Heureusement, Jean-François est déjà assis.

    – Tu parles d’une affaire, toi !! Wouah, c’est… Jean-François ne trouve pas ses mots.
    – Ouaih et attends, le père de La Vigne avait mené sa propre enquête. Il avait engagé un détective privé, le dossier est épais. Mais la veuve jure qu’elle n’y est pour rien, enfin cette fois si. Elle n’est pas prête de sortir : deux morts à son actif, voire trois avec le vigneron. Les flics ont encore quelques vérifications à faire mais ça semble se préciser.
    – Mais qui à envoyer la lettre ? Interroge Jean-François.
    – La bonne, répond Michel
    – La Bonne ? s’esclaffe l’avocat
    – Et oui, elle a toujours été très proche du maître de maison. Ses parents travaillaient déjà pour la famille de La Vigne et elle n’appréciait guère la nouvelle Madame de La Vigne alors… termine Michel.

    Et Maître Torreni retourne à ses dossiers jusqu’au jour du rendez-vous chez le notaire où il prend connaissance du testament et apprend que c’est le neveu qui hérite de tout le domaine.
    En effet, Monsieur de La vigne n’avait pas eu d’enfant et considérait son neveu, un peu comme son fils.

    Les semaines passent, Michel et Jean-François se retrouvent régulièrement autour d’un bon verre, d’un bon repas, à se raconter leurs vies, les derniers ragots, leurs boulots.

    Quant à l’affaire de La Vigne, les preuves de la culpabilité de la veuve se font attendre… jusqu’à ce jour.

    31 octobre, 10H
    Maître Torreni est à la barre en train de plaidoyer pour une affaire sordide d’inceste. Il se retourne pour s’adresser à sa cliente et croise le regard de Michel au fond de la salle. Il s’interrompt quelques secondes, surpris, et reprend sa plaidoirie.

    La Séance est levée et Jean-François se précipite à l’extérieur pour rejoindre son ami.

    – Quelle aisance tu as, je suis bluffé, commence Michel
    – Salut, j’imagine que tu n’es pas entré parce que tu as vu de la lumière, plaisante Jean-François.
    Michel sourit et effectivement sa visite n’est pas un hasard.

    – Tu te souviens ton appel il y a trois mois concernant une certaine lettre ? Demande Michel, le regard pétillant.
    – Oui évidemment, répond Jean-François impatient.

    Et Michel déballe toute l’histoire, enfin le dénouement :
    – L’enquête commençait à s’essouffler quand la police a décidé de mettre sur écoute toute la famille de La Vigne. Et bingo, les coupables se sont trahis. Et j’ai bien dit les coupables un homme et une femme. Lassés de ne pas vivre leur amour au grand jour- la dame étant mariée- ils avaient décidé d’en finir… Michel s’interrompt, ravi de voir son ami, pendu à ses lèvres et prêt à lui sauter au cou s’il ne continue pas rapidement.
    – Le neveu et l’épouse de la victime. Oui Tu as bien entendu !! Ils étaient amants depuis plusieurs mois et ont concocté un petit cocktail mortel au vieux !! Finit Michel

    Jean-François n’en revenait pas et dire que Monsieur René-Gilles de La Vigne a fait de son neveu son seul et unique héritier…
    Pour seule et maigre consolation, Maître Torreni s’imagina la tête des accusés apprenant la maladie de la victime qui n’avait plus que quelques mois à vivre…

  2. christelle77 says:

    Lettre à Maitre Jean-François Torreni,

    Mon très cher Jean-François,
    quand tu liras cette lettre, tu auras appris ce qui m’est arrivé. Tu auras entendu quantité de commentaires sur mon geste : « geste fou d’un homme pourtant si heureux en ménage depuis 25 ans », « Comment a-t-il pu abandonner son vignoble, son œuvre ? », « on dit qu’il était atteint d’une maladie incurable  » … Mais tous ces commentaires, tu le sais bien, seront totalement faux.
    Aujourd’hui, c’est autant à l’ami d’enfance (mon presque frère devrais-je dire, celui qui me connait aussi bien que moi-même !) qu’à l’avocat que je veux m’adresser. Même si tu refuses de me parler depuis 10 ans, je sais pourtant que tu liras cette missive jusqu’au bout, en mémoire de notre cher passé.

    Tu le sais bien, ce vignoble hérité de ma mère et avant elle de mon grand-père était toute ma vie. Mon plus grand bonheur aurait été de pouvoir le léguer à mon tour à mes enfants … mais je n’ai jamais pu convaincre Yvonne de m’accorder cette joie.
    Yvonne … mon drame. Tu sais bien que je suis tombé fou amoureux de cette femme au 1er regard et que cet état ne s’est jamais apaisé depuis. Malheureusement pour moi, je n’en ai jamais vraiment été payé en retour. Elle n’aimait de moi que l’argent que je lui apportais, la vie bourgeoise qu’elle pouvait ainsi vivre, souvent loin de moi d’ailleurs (ou dans les bras d’autres que moi). Mais je lui ai toujours tout pardonné parce qu’il en était ainsi, à cause de ma putain de loyauté et de mon aveuglement d’amour dont je n’ai jamais voulu sortir.

    Il y a encore 3 mois, c’est Yvonne qui était mon unique héritière. Mais depuis, j’ai fait quelques découvertes qui m’ont encouragé à tout changer. Yvonne, ma chère Yvonne s’est prise pour Emma Bovary ! Dans mon whisky du soir, elle versait un médicament qui me rendait de plus en plus dépressif (ce que je n’étais déjà que trop depuis quelques temps de toute façon) médicament fourni par un jeune préparateur en pharmacie peu honnête et par ailleurs son amant (mon ami Pierre T. , détective privé pourra te fournir toutes les preuves nécessaires).
    Yvonne pensait me tuer à petit feu, me pousser au suicide puis partir avec mon pactole et son jeune amant sous le bras !
    Tu le sais Jean-François, je n’ai jamais fait de mal à une mouche. Ce jour là pourtant, j’aurais pu les tuer l’un et l’autre sans l’ombre d’un regret ! Mais la loyauté, cette satanée loyauté m’en a empêché, comme toujours. Cependant, j’ai quand même décidé ce jour-là de rayer définitivement Yvonne de mon testament. Ma loyauté (ma bêtise diront certains) se terminerait avec ma mort et elle n’aurait plus que ces yeux pour pleurer d’avoir voulu m’éliminer, moi qui aurais pourtant toujours tout fait pour elle !

    Mais, t’interroges-tu sûrement, pouquoi te demander à toi de te charger de me faire justice alors même que nous ne nous parlons plus ? Et qui va hériter de tous mes biens ?
    Si je n’ai pas eu d’enfants, j’ai cependant eu le bonheur immense de pouvoir partager ma passion avec un jeune homme que tu as bien connu, un jeune homme qui voulait devenir vigneron au grand dam de son père (un père qui lui a d’ailleurs coupé les vivres pour ce choix du coeur qu’il désapprouvait). Ce garçon est aujourd’hui un homme merveilleux de courage, un homme qui a la vigne dans le sang, un homme malheureux d’avoir perdu ses parents mais qui serait mort d’avoir vécu la vie voulue par son père. C’est cet homme que je veux pour seul et unique héritier et cet homme n’est autre … qu’Adrien, ton fils. Tu ne voulais pas qu’il ait un métier peu sûr ou fonction des aléas bien trop rudes du climat et du commerce. Mais ma fortune et son grand talent doivent aujourd’hui faire évaporer tes craintes. Comme toi, ton fils est un homme bien, avec la tête sur les épaules et respectueux des belles valeurs que tu lui as légué. Et je suis certain que tu sauras mettre ta satanée fierté de côté (chacun son fardeau n’est-ce pas ?) pour lui ouvrir de nouveau les bras, maintenant que je suis parti.

    Alors je sais bien qu’il te sera difficile d’assurer ma défense (on ne peut pas être juge et parti). Mais je sais que pour que ton fils puisse hériter au détriment de ma femme (qui doit déjà avoir dû lancer un procès pour son deshéritage !), tu trouveras le meilleur avocat qui soit pour me rendre justice et prouver son intention criminelle.

    Enfin, dois-tu te demander, pourquoi décider de se suicider ? En effet, je n’aurai pas eu de mal à obtenir le divorce ou à faire mettre ma femme en prison. Mais la réalité est qu’à mon âge, je n’ai plus la force de repartir à zéro. Qu’ai je encore à attendre de la vie ? Les maladies, avoir un peu plus mal au corps chaque jour, être toujours plus seul au monde dans mon château, redevenir un jour prochain comme un enfant dépendant des autres (mais qui seront ces autres ?).
    Alors ce suicide, c’est une pierre deux coups : Un soulagement de quitter cette triste vie que je me suis donnée et une chance pour ton fils d’enfin démarrer seul la sienne (et de renouer avec toi, c’est mon voeu le plus cher).

    Mon très cher Jean-François, mon ami, mon frère, quand tu liras cette lettre, je ne serai déjà plus, mais je sais que tu répondras favorablement à mes dernières volontés, au nom de notre amitié et de ce passé aux couleurs sépia qui ne reviendra plus mais auquel tu tiens, je le sais bien, autant que moi.

    Adieu mon ami,

    . René-Gilles

  3. laurence says:

    Superbe Christelle, j’adore.
    Vraiment bravo à nos deux auteures du jour, et à Sabine bien sûr, femme de cœur talentueuse qui nous permet ce partage à travers ce blog!

  4. Carole says:

    René Gilles de La Vigne était un honnête homme, passionné par son métier de vigneron, passionné par sa femme Jeanne et passionné par la vie. Il ne faisait rien à moitié.
    Seulement en ce début de juillet 1972, le ciel lui était tombé sur la tête.
    Il savait qu’il ne s’en relèverait pas et il avait décidé d’en finir.
    Il avait été trahi et pas par n’importe qui, par l’amour de sa vie, par Jeanne!
    Alors il a longuement réfléchi et décidé de lui en faire payer le prix ou plutôt de leur en faire payer le prix!!
    Il demanderait à celui même qui lui avait « volé sa femme », à savoir Maître Jean François Torreni lui même de déshériter Jeanne qui était devenue sa maîtresse depuis peu.
    Comment cet avocat talentueux, coureur de jupons se sortirait-il de cette nouvelle affaire dont il serait juge et partie ? Il n’en avait que faire.
    D’une pierre deux coup, il touchait le duo illégitime et sans doute, personne ne s’en relèverait.

  5. Carole says:

    C’est un vrai plaisir de vous lire et c’est un vrai plaisir d’écrire.
    Plaisir que je ne connaissais pas avant.
    Merci Sabine de nous permettre, de me permettre de découvrir ce moyen d’expression!

  6. Sonia says:

    « Cher Maitre,
    « Maitre » , ce mot , cette fonction je l ai toujours cherché pour qu il me montre la voie emprunter pour trouver le bonheur..Malheureusement je ne l ai jamais trouvé .Alors je fais appel a celui qui est maitre des lois, de la justice, si tant est qu elle existe …
    1972, année de la liberté ,, generation qui croit que le bonheur est a portée de main … je ne m y retrouve pas, ma main ne doit pas etre assez grande pour toucher les jours heureux .. la main que j ai tendu à ma femme , mais qui ne m a jamais trouvé assez aimable pour pouvoir m aimer, et trouver la force de me faire un enfant
    Aujourd hui je decide de me mettre une corde autour de mon cou parce que je n ai jamais trouve l oxygene, l amour qui maintient mon coeur en vie . Il s est eteint peu a peu car il n a pas trouvé la substance qui lui permettrait de battre .Il a cherche dans milles lieux , milles coeurs , milles regards mais seul le Néant lui répondait .Et ce , depuis ma naissance et la souffrance que je lisais dans les yeux de ma mère.
    Je me suis alors plongé dans la Vigne et ses saveurs, le chemin que m avait montré mon père, , dans l ivresse qu elle me procurait, vague reflet de l ivresse de l amour.La plupart des gens autour de moi n en decele pas le trésor car il est naturel pour eux , ils l ont , associé au premier souffle de leur vie .Moi je suffoque.
    Je n en peux plus , la vie ne vaut rien si elle est sans amour

    J ai donné le peu de souffle a ma femme que j aimais tant pour qu elle respire en moi en retour mais elle a tout gardé. Elle m a suivi dans les paradis artificiels , et s est noyée dedans et a vu son reflet dans la lumiere de l or qui brille.
    Aujourd hui je suis la de ce monde d apparences et de vide. Ma femme ne m a jamais aimé, elle a aimé ce que je lui ai donné mais moi, non .Je la desherite pour lui signifier que je n ai jamais été dupe et qu elle reparte sur un nouveau départ et qu elle rencontre celui qu elle pourra aimer, puisque ce n est pas moi.

    L argent du vignoble je le donne aux Alcooliques Anonymes , et pour payer la cure de desintoxication de ma bien aimée .Pardon , mon amour, je te libère , prends soin de toi
    On m a dit que la haut c etait plus beau , qu on trouve l amour , alors je me livre. Et si je ne le trouve pas , ça ne peut pas être pire qu’ici..

    Cher Maitre, servez vous sur mon pecule pour vous payez, et grassement, puisque c est ce qui guide vos pas, pour m accorder la grâce de m accorder mes premieres et dernieres volontés.
    Adieu ( peut être)

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