Le journal d’une prostituée…no 2.

Elle,

je suis bulgare,

j’ai été jeune et innocente.

Enfant j’aimais  rêver qu’un jour je quitterai mon village dans les montagnes,

un paysage qui m’a forgée et dont je porte encore l’empreinte.

 

Mes parents,

de pauvres gens habitués à ce que la vie vous donne et vous reprend,

un peuple doté d’une prudente tranquillité face au monde.

 

elle,

j’étais l’image d’un univers qui changeait dans lequel les vieilles hiérarchies vacillaient.

Une société en marche vers la modernité.

 

Aujourd’hui petite marionnette désarticulée,

face à l’inconnu il va falloir faire confiance à la jungle qui m’entoure,

le monde ombreux de la nuit.

 

L’été s’est déroulé doucement pour laisser place à l’Automne avec sa pluie et ses giboulées qui glacent le sang,

demain l’hiver jouera ses gammes, je sais que j’aurai froid.

Les jours passent, je tente de survivre dans un Bordeaux sombre et froid.

je voudrais hurler ma rage jusqu’à ne plus avoir de force,

jusqu’à ce que ma raison se fissure dans l’écho de ma mémoire.

Je voudrais voir le soleil briller par delà la fenêtre,

m’évader dans la vision d’un monde à nouveau lumineux.

J’ai  passé l’après-midi sur l’herbe du parc bordelais, bercée par les bruits de la nature, les cris des oiseaux dans les arbres, à scruter le ciel qui s’assombrissait de l’autre côté.

Il est vingt et une heures,

je traverse un instant de flottement, rattrapée par la nausée et l’angoisse,

c’est le moment de remettre du rouge sur mes joues pâles et sur mes lèvres gercées d’avoir trop embrasser,

la putain prend de l’épaisseur,

je vais devoir composer…

 

Une ruelle sombre,

à l’angle d’un café aux airs de Brooklyn…

je sens l’air piquant de l’hiver,

je suis une jeune femme blonde mal fagotée , dans le froid je précède un homme de ma démarche chaloupée.

C’est comme prendre une décision sans dé…

 

Une entrée mal éclairée,

l’homme baisse son pantalon…

ses mots, ses caresses sur moi semblent dans l’air flotter longtemps.

L’homme n’a pas d’argent pour me payer, il veut mon sac.

Je m’enfuis et perds un escarpin,

trébuche, il me rattrape,

m’insulte et me gifle.

Je me débats,

il sort un canif de sa poche et me poignarde.

Je m’écroule,

le corps en peine et le sperme d’un homme dans le ventre,

je ferme les yeux enfin,

sur une dernière image,

celle d’un homme qui taille sa route et s’enfuit avec mon modeste butin…

quelques misérables passes que je voulais  économiser pour qu’un jour…

parce que je voulais croire que c’était encore possible,

pour que dans mon corps le sang noir finisse par enfin se tarir.

partir loin,

pour recommencer et laisser pour de bon  la grisaille derrière moi.

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61 Commentaires

  1. Françoise says:

    MERCI d’avoir écrit j’ai honte de l’humain et de l’homme en particulier en lisant votre texte. Il existe des femmes qui croient encore que c’est possible alors gardez la foi je vous en prie

    1. Sabine Thierry says:

      Ce que je remarque dans vos commentaires c’est que vous lisez mes lignes comme si vous lisiez le chapitre d’un livre, vous êtes comme Rabia et comme Sandrine à fond dedans.
      C’est un peu comme si vous y étiez et on sent bien que vous aimeriez prendre la plume pour arranger tout ça.
      Merci.

          1. Rabia says:

            Non , cela reste une fiction !
            J’aime votre écriture.
            Le « je » donne de l’authenticité à votre texte.
            Il lui donne beaucoup de relief.

  2. Tatie momo says:

    Cet épisode est terrible! J ‘ai presque un haut de cœur à sa lecture tellement cette réalité est dure. Nous « voyons » la scène et notre impuissance est encore plus terrible. Nous sommes comme un spectateur qui ne fait rien, ne peut sans doute pas faire grand chose…
    La mort est la seule délivrance pour elle . Elle, qui ne savait pas qu’en mettant le doigt dans cet engrenage, allait à sa perte ! Elle pensait juste faire « ça » pour s’aider à sortir de sa condition ,un peu , un moment …
    PS: je reviens sur l article de l’île d’Aix car je ne l’ avais pas lu l (merci Jo de m en avoir parlé).
    J’ai adoré cet endroit et dit que si un jour je partais m’isoler c’est là que j ‘irai!!! )
    Bonne journée et merci encore Sabine pour prendre ainsi le temps d’écrire pour nous !

  3. Sonia M says:

    La brutalité de ce monde explose dans cette histoire.
    Un monde perverti par l argent et le sexe. ….
    Qui malheureusement n offre aucun espoir aux mal nés. ..
    Qui laisse sur le bord du chemin des écorchés vifs, des handicapés de la vie. ..et votre jolie « putain « et ses rêves d ailleurs !

    1. Sabine Thierry says:

      J’ai vraiment en écrivant ces lignes, et bercée par un morceau de musique que je vais de ce pas partager avec vous, été dans la capacité de me mettre telle une actrice, dans sa peau et dans sa tête, mais si vous le voulez vraiment…une suite peut-être!

      1. Sonia M says:

        Volontiers !!!! car même si vos écrits me boulversent, me mettent en colère bref m interpellent de quelque façon que ce soit, ils me font du bien avant tout.
        Car je pense que chacun à ses raisons, sa façon de voir la vie et pouvoir découvrir d autres façons de penser ne fait que m enrichir !
        J aime être bousculer dans ce que je ressens ça m aide à gérer mes émotions différemment.
        Alors ouiiii une suite ! 😉

  4. Nicole says:

    Tatie Momo , l’Ile d’Aix est un endroit merveilleux. Faire l’expérience de dormir sur l’île après le départ du bac est exceptionnel. Le calme est incomparable et l’isolement fait un bien fou. Un monde à part!
    Sinon quand c’est qu’on motive Sabine pour se retrouver à Lacanau pour un week-end filles? Là aussi c’est toujours du bonheur et de l’échange au programme. Valérie de Pau est partante!!!!
    Sabine, ton texte est trop criant de vérité pour ma sensibilité naturelle. J’ai senti en plein coeur ce coup de couteau… Que de noirceur… Pas facile de démarrer la journée avec tes mots toujours si puissants

    1. Sabine Thierry says:

      Puissants de vérité, c’est la vie…
      merci pour vos retours à toutes.
      Comme à la radio une faculté presque évidente à rentrer dans la peau de celui ou de celle dont je parle.
      Ces lignes ont été écrites avec des larmes,
      tant mieux si en les lisant vous en avez aussi,
      ça voudra dire tout simplement …que vous êtes vivantes!

  5. Laurence says:

    Quelle tristesse, elle est fataliste jusque dans la mort, elle qui voulait croire à une vie meilleure pour se donner du courage. Dans le monde, il y quantité d’enfants et d’adultes exploités, jusqu’à quand va-t-on le tolérer?

  6. Mirielle says:

    C’est bouleversant, j’ai envie de rebondir et d’écrire sur votre texte très chère Sabine.
    Mais, je ne le ferais pas aujourd’hui, car j’ai une autre priorité…
    Celle de parler de vous !
    Oui, vous, Sabine.
    Je tiens à vous l’écrire : Merci

    Merci, pour ces années, celle du souffle que vous m’avez donné.

    25 années, voir plus, chut, que vous me connaissez, plus que je ne vous connais.

    Et aujourd’hui, le constat, est le suivant :
    Vous ne vous êtes jamais trompé.
    Alors, oui, j’ai pu douter, rager, me dire que vous vous plantiez
    Lorsque je ne faisais que vous entendre et ne savez pas vous écouter…
    Lorsque, vous ne me disiez pas ce que JE voulais.

    Mais, justement, vous n’êtes pas là pour faire semblant
    Même si, pour ne pas faire de mal, je sais, que souvent, vous y mettez les formes et les gants.

    Il y a peu de temps, encore, le mois de Mai faisant
    Je suis venu vous consulter, vous n’avez alors pas pu me dire grand-chose, tellement j’étais obstiné.

    Mais ces années entières pendant lesquelles, ma confiance je vous ai accordé.
    Ont fait, que cette fois, loin de vous, je vous ai entendu, mais surtout écouté.

    Alors j’ai réfléchi, aussi, là est certainement la différence entre les personnes intelligentes et les abrutis (sourire)
    Il ne sert à rien de venir vous consulter, vous voir, si c’est pour entendre ce que l’on voudrait
    Pour cela, il suffit de choisir, un « ami » hypocrite à souhait et cela sera parfait.

    Grâce à vous, j’ai trouvé le chemin, d’une nouvelle route.
    C’est fou tout de même que, Tous les prénoms que vous m’avez énuméré
    Et dont certains ne me disaient rien, viennent d’entrer dans ma vie !

    Combien de personne comme vous, pourraient, après 25 ans, encore m’impressionner ?
    Moi, la sauvage, la méfiante, je m’incline pour vous faire ma révérence.
    Grosse bise, encore merci et à bientôt certainement…

    1. Isabelle64 says:

      Waouhh Mirielle !!!
      Que c’est BEAU !!!!!
      Merci à vous et BRAVO Sabine !!!
      IDEM !!! 17 ans que je connais Sabine !!!! Heureuse d’être sur votre route Sabine !!! Encore MERCI D’être là !!!!!!!!!!!

  7. Ma rtine says:

    On m’appelle , on me parle autour de moi des personnes en blanc je croyais être finie , non la mort n’a pas voulu de moi je souris car celui qui ma percer le ventre crevera c’est sûr car il a dans ses veines le sida ; je me fous de tout à présent vaille que vaille ainsi va ma vie , et je lui souris

  8. michel says:

    Super texte, vous raconter des réalité et que dire de plus. Il y a vraiment des beautés qui font ça et elle pourraient faire mannequins. Elles se retrouvent dans cette violence terrible qu’elle subissent au quotidien.

  9. chantal11 says:

    Je viens de lire avec hôtel California dans les oreilles,je ne l’avais pas encore lu
    Frissons,les yeux embués,un sentiment de révolte, la grisaille deviendra lumière pour elle
    Sabine vos mots sont forts, puissants, vibrants vous y êtes vous le vivez
    Merci

  10. Nurse 24 says:

    Un viol, cet ennemi qui la pénètre à grands coups de violence et d’impunité, débarqué en pleine nuit. Il a investi sa vie, ses rêves et ses espoirs.
    Elle vend du sexe malgré elle puis on lui vole…la double peine …
    J’arrive à me demander si elle est pas bien mieux là où elle est maintenant, son âme repartie dans ses montagnes ….
    Une belle âme qui pèse dans le silence que nous ne pouvons entendre. Il y a des silences qui sont dangereux…ce qui est bien plus malheureux et dangereux est que ce fait là est un simple fait divers comme tant d’autres, comme si c’était normal ou habituel…
    La réalité que ce monde continue et continuera de tourner à l’envers. Bien trop de femmes parlent la même langue…la langue du silence.
    Simone de beauvoir disait que « l’humanité est mâle, l’homme définit la femme non en soi mais relativement à lui ». Elle disait aussi que
    « la femme libre est seulement en train de naître », c’était il y a presque 70 ans….il y a encore du boulot Simone!!!!!
    Alors Sabine, on ne peut ne pas évoquer la condition féminine qui reste encore dénuée d’intérêt. Beaucoup trop d’hommes encore sont des chiens….
    En aparté, vous avez raison aussi de souligner que certaines femmes sont de vraies manipulatrices. J’aime vous l’entendre dire! Parce que parfois, la femme est plus barbare et perfide que l’homme … J’ai honte de ces femmes qui enlèvent toute crédibilité à la défense de nos droits. Parce que même à la plus petite situation, elles lancent aux yeux des hommes un regard dominant qui n’a lieu d’être…
    Toute domination est selon moi une perversion et un pouvoir malsain parce qu’elle trouble la liberté. Toute relation existante entre les êtres, au même titre que celle que nous avons pour la nature et l’être animal, doit être établie par le respect et l’amour. Le seul pouvoir qui existe en ce monde est la vie! Et je la remercie encore de me donner la liberté que d’autres n’ont pas, de rêver et d’aimer à ma guise.
    Quand est ce que l’humanité va s’entendre et se comprendre ????
    Je suis plus que réaliste mais je préfère encore rêver et de pouvoir exprimer mon ressenti sur un monde meilleur que de me taire!
    Magnifiquement raconté car poignant, Vous avez encore une fois écrit les noirceurs de la vie. Au delà de sa réalité ( même si c’est initialement une fiction), vous permettez de réveiller les consciences.
    Votre blog, Sabine, est à votre image. C’est rassembler les uns aux autres dans le respect de chacun et c’est pouvoir s’exprimer alors que tant d’autres sont sous silence…
    Merci

    1. Sabine Thierry says:

      Oh svp ne comparez pas des hommes vils à des chiens, c ‘est comme touche pas à mon porc, ça me révolte, je suis une vraie amoureuse des animaux…

      1. Nurse 24 says:

        Chien…le premier mot qui m’est venue. Vous connaissez mon côté énergique! Je suis comme vous , une amoureuse des animaux. Mais plus loin dans mon commentaire, je respecte autant la condition humaine qu’animale!
        Finalement, ce genre d’hommes ne mérite aucun mot qui puisse exister dans le dictionnaire ! Seul un mot…rien!

  11. Domino says:

    Quelle horreur ! On sent vraiment son dégoût et en même temps sa résignation … puis le drame, comme souvent pour ces femmes à la vie précaire et dangereuse. Comme je les plains !
    Oui, on veut savoir ce qui se passe ensuite !!!!!!

        1. Nurse 24 says:

          L’utilisation du JE est comme l’adhésion à votre personnage, ce qui rend à votre style d’écriture une approche plus nette à l’action et aux émotions. Comme je disais, c’est poignant. Je trouve qu’on s’implique plus dans cette histoire mais je sais que c’est voulu de votre part! Puisque cela crée une sorte d’intimité confessionnelle…la preuve au vu de tous ces commentaires ! Petite maline !

  12. kittie says:

    j ai la gorge nouee , c est tres triste et en meme temps el garde espoir jusqu au bout. on est accroche a chaque mots ,on voit la scene defiler devant nos yeux .c est tres bien ecrit comme toujours .j espere une suite.

  13. GUYBKK says:

    Heureusement le voleur à usé d’un canif .Moi je pense qu’elle va s’en sortir et que sa vie va changer après cette agression car tout ne peux être noir tout le temps .

  14. sylvie méditerranée says:

    L’histoire du personnage du texte est très touchante mais tellement proche de la réalité.
    A la fin du chapitre elle veut rebondir et laisser derrière elle la noirceur du passé pour
    aller de l’avant se reconstruire.
    Ce qui ne tue pas nous rend plus fort……

  15. matelot says:

    Pour moi cela devient compliqué de donner mon ressenti.
    Mais j’ai hâte de connaitre la suite.

    Merci de nous parler de son notre elle,celle qui subsiste encore,celle qui retrouve dans le parc bordelais un peu de qui elle est vraiment. Enfin,du lumineux,du joli sur elle …

  16. Malika says:

    Et oui la violence, le viol, encore présent à notre époque ! nous sommes aussi gouvernés par des hommes alors le changement c’est pas pour demain, continuons « la lutte ». Lire avec la musique, très prenant, c’est comme trouvé une photo de guerre magnifique parce que joliment prise ! merci Sabine

  17. christelle77 says:

    De nouveau, quel récit !! Les détails sont là et en effet, on visualise la scène comme si l’on regardait un film. On est là, on palpite, on frémit, on est en colère… Et on espère que ELLE sera vengée dans la suite !! Parce que moi aussi, comme d’autres, j’ai cru qu’elle était passée de vie à trépas !! … Quel suspens !!!!

  18. Pascale says:

    Dur dur cette histoire … tout ça pour ça … j’espère qu’après l’ombre vient la lumière pour toutes celles qui vivent ce genre de situation … et
    pendant que nous sommes bien installés dans notre confort d’autres vivent cela !!
    c’est
    injuste !!

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