Le journal d’une prostituée…

Il est quatre du matin,

les rues sont pleines de pépiements d’oiseaux,

c’est une nuit de chaleur écrasante.

Les pierres ravalées des immeubles anciens et l’élégance des devantures  du quartier diffusent une atmosphère luxueuse ,

mais ça c’est pour les autres.

Elle,

elle ne fait que passer,

ses talons trop haut battent les pavés.

A l’angle, il y a un café aux airs de Brooklyn et aux lumières orangées,

un peu plus loin,

une petite ruelle que plus personne n’emprunte.

Au fond d’une impasse,

une cour arborée du quartier Notre Dame, une ancienne bâtisse décrépite de négociant en vin.

Il y a les superbes volumes épurés d’un ancien chai abandonné devenu avec les années un hôtel vétuste

dominé par une tour du 18 ième.

L’entrée dévoile un pan de mur craquelé curry évoquant le soleil de l’Atlantique,

un autre jouant d’un camaïeu brun délavé,

le sol est revêtu de dalles de pierre blonde patinées par le temps.

La voilà en haut, dans l’étroit couloir qui mène aux chambres.

Le palier du premier étage est exigu et mal éclairé.

Elle s’avance et arrive à la porte.

La petite pièce s’embrase d’un coup d’œil.

La modeste chambre affiche un lit recouvert d’un plaid abricot reprisé,

c’est une pièce aveugle, éclairée par une  simple fenêtre de toit,

dans l’angle une douche démodée avec des carreaux rose et blanc.

C’est un matin blême avec la puanteur de la nuit,

l’air est saturé d’odeurs, elle traîne derrière elle un parfum de sexe.

Elle se sent sale,

elle est si fatiguée de vivre depuis bien  trop longtemps des années sombres.

Il,

il lui avait dit alors qu’elle n’avait que dix-sept ans que jamais il ne la quitterait,

qu’il l’aiderait dans le brouillard de son temps,

elle partait avec lui réveiller la chance.

Et puis est venu le temps où il lui a fallu gagner pour lui de l’argent,

par amour elle l’a fait,

la noirceur peu à peu s’est installée au plus profond d’elle et l’a rongé de l’intérieur.

Aujourd’hui pour une autre plus jeune, le manipulateur habitué à soufflé sur elle le chaud et le froid,

habitué à faire briller les âmes tourmentées,

l’a abandonnée.

Engagée dans la voie du désespoir, il ne lui reste que son corps en peine et cet endroit,

avec son parquet dépouillé de ses lattes et,

son odeur froide et humide.

Ce soir,

dans la rue, attendant le client, elle assistera à l’aube qui succède à la détresse.

 

 

 

 

 

 

 

 

un grondement sourd bouscule le silence.

39 Commentaires
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39 Commentaires

    1. Sabine Thierry says:

      Merci Laurence, j’écris en espérant toujours grâce à mes mots pouvoir vous toucher.
      Mettre le doigt aussi sur des vies qui peuvent basculer; peut-être une suite à ce texte si vous le voulez!

      1. Josiane says:

        Même si je ne m’exprime pas bp,bien sur que vos mots ns touchent,comme quoi une vie peut vite basculer…..si seulement elle avait eu la force de le quitter quand il a commencé à la faire »travailler » pour lui….

  1. Sonia M says:

    J’ai toujours eu beaucoup de peine pour ces femmes qui se prostituent par Amour.
    La triste perversité de ce genre de prostitution m écoeure !
    La laideur, l auto destruction, la déchéance, l abandon …..Des mots sombres et violents. …
    Et ce luxe à deux pas. ….
    Encore une âme malmenée que vous décrivez comme si elle était là devant vous .
    « Ces talons trop haut  » je comprends immédiatement combien elle n est pas à sa place !
    Et lui en pervers manipulateur qui « souffle le chaud et le froid « vous m avez donné envie de le gifler !
    Un texte qui prend aux tripes !

  2. michel says:

    Un sujet très difficile à parler, je suis triste pour cette dame sachant que ce lui qui l’exploite, na aucune empathie pour elle. La violence physique , psychologique de son souteneur, pauvre fille. Ils aussi les clients , donner son corps et qu’elle dureté.. .

  3. Anne64 says:

    Je lis ce texte et je me dis : «Mais quelle chance j’ai ! ».
    Une drôle de vie pour cette femme qui au départ fait cela par amour, pour lui… Et lui, quel odieux personnage, il la manipule dans son seul intérêt à lui et quand il se trouve un autre pigeon, il l’abandonne à son triste sort…
    Y aura t il un échappatoire pour elle… ?

  4. Nurse 24 says:

    Pour moi, un acte tel que celui ci quand ce n’est pas consenti ça relève de l’horreur, de l’abominable…c’est du viol masqué…
    Je me dis aussi tous les jours sans exception que j’ai de la chance de ne pas connaître une vie misérable, en proie à la démolition de mon âme et de mon être, la chance d’avoir une liberté…
    Je trouve touchant votre manière d’exprimer la déchéance, l’oubli, le mésestime de soi…votre qualité d’écriture rend à cette femme une certaine dignité puisque vous touchez son moi profond. Elle vit parmi nous grâce à vous et lui rend une place à part entière comme nous tous.
    Ce genre d’hommes, proxénète, est à vomir. Je le mets au rang de….rien! Il n’est rien… Je lui mettrai bien un coup de scalpel bien placé ! Ça ne sera pas à la mode Zoro mais à la mode Nurse!
    J’attends aussi votre suite et j’espère que sa revanche va sonner et qu’elle trouvera la force de se battre!
    Prenez soin de vous !
    😘

    1. Sonia M says:

      Je suis d accord avec vous Nurse 24.
      Pouvoir réaliser la chance que l on a !
      Même dans mes pires moments de vie je ne me suis jamais sentie misérable à ce point.

  5. Ma rtine says:

    Parce qu’elle a manqué de l’essentiel qu’elle vivait dans une ambiance terne « lui » il lui a fait miroiter qu’il serait son protecteur son guide qu’elle serait la plus heureuse alors qu’il n’était que son bourreau lui a fait subir sa perversion à travers d’autres . Parce qu’il lui a retourné le cerveau sans lui elle n’était rien elle a refuser de faire le deuil de cette histoire malsaine . Il est dit qu’après le sombre arrive toujours la clarté
    Osera t-elle se laisser séduire par un nouvel Homme qui l’aimera pour ce qu’elle a été laissé  » une fille perdue » ; elle y pense , elle y panse chuuuuuut dans son silence elle danse

  6. sandrine says:

    La pauvre.Je trouuve ça moche de voir qu’il y ai des femmes qui soit soumise comme ça a un homme.C’est vrai que l’on se rend pas compte qu’il y a bien pire que nos petits soucis.

  7. kittie says:

    il y a les femmes comme elle qui subissent un bourreau et qui sont prisonnieres d eux .il y a celles qui exercent ce metier et qui ne s en plaignent pas (je pense qu elles sont rares).souvent les hommes se defoulent sur ces femmes et assouvissent tous leurs fantasmes les plus pervers sur elles .c est un metier qui existe depuis la nuit des temps et malheureusement il n est pas assez encadre et ces femmes sont pas assez protegees .j imagine comme suite la meme que dans le film pretty woman pour cette femme :rencontrer l amour ,un bel homme et l argent .allez sabine ! avec votre baguette magique faites nous rever !

  8. Lili says:

    Magnifique hommage au métier que l’on dit le plus vieux au monde.
    L’exploitation sexuelle, l’esclavage, vendre son corps…aucun jugement, de la compassion.
    « …elle assistera à l’aube qui succède à la détresse » Toute la souffrance est concentrée, belle phrase, terrible…

          1. GUYBKK says:

            je lit les commentaires de chacun . je sait que les raisons de faire cela sont également motivées par un besoin d’argent pour vivre ou pour la famille pas que par amour . Passé un certain âge , ces revenus sr tarissent . Souvent ,ces personnes mettent de l’argent dans une affaire ou de côté tant qu’elle le peuvent . Une suite serait la bienvenue en espérant pas trop triste .

      1. matelot says:

        Touchée
        Parce que même si je ne me prostitue pas,cette histoire me parle de moi. où elle vit « délavé, vieux,au bout d’une impasse,craquelé, exiguë, cette chambre minuscule et vide…
        Il ne lui reste rien…
        Quand on a jusqu’à donné son intime son âme, il ne reste rien,où presque.
        Le désespoir englué,enlise dans une boue puante,(les odeurs humide,de sexe,de froid…). On finit par se convaincre, que c’est ce que l’on est,largement invité auparavant à le penser par un individu mal vaillant.
        Oui,j’ai comme elle cherché à ce que l’on veille sur moi,un mauvais choix puisque aujourd’hui comme elle il ne me reste qu’un espace infime,encore intact, où j’arrive à peine à respirer.
        Je pourrai pendant des heures vous dire jusqu’à quel point mon chagrin,qui m’a conduite à cet homme,m’a perverti. Vous dire tout ce que j’ai accepté pour de mauvaises raisons…

  9. Malika says:

    Encore un début de film, vous êtes aussi une scénariste ! Sachons reconnaître qu’il y a des vies difficiles… d’autres diront qu’on a la vie qu’on mérite. Toutes vos histoires se lisent d’une traite et nous emportent, dans une réfléxion, un doute, une émotion… Perso, oui je veux une suite, merci Sabine

  10. Rabia says:

    Triste vie que la sienne.
    Tout ce que l’on peut lui souhaiter c’est d’avoir la volonté de s’en sortir.
    Misérables sont les hommes qui profitent de sa faiblesse pour quelques petits billets dont elle ne verra peut être pas la couleur.

    Une suite serait là bien venue, mais sera t-elle celle que nous espérons !

  11. sylvie méditerranée says:

    Une histoire triste mais combien sont elles à subir la maltraitance, de plus souvent si jeune si fragile, abusées ,désabusées , manipulées et rejetées par la société.
    Elles essayent à survivre face à ses manipulateurs pervers.
    Va t’il la jeter comme un jouet qui ne l’amuse plus!!!!!!!!

  12. christelle77 says:

    Quelles folies certaines personnes peuvent faire par amour ! Mais quand la folie en vient à vous dégrader vous même, à vous avilir, à vous rendre prisonnier d’une vie que vous détestez et pour laquelle vous n’avez plus aucun contrôle… Alors est-ce une si belle chose que ça que l’amour ? D’ailleurs ici, est-ce encore de l’amour qu’elle ressent pour ce goujat ?
    Un beau récit rempli de couleurs, d’images, de descriptions d »atmosphères comme vous savez si bien le faire !!!

  13. matelot says:

    Cette promesse de ne jamais quitter, et à mon sens le premier mensonge que l’on accepte en Amour,et souvent cette promesse est faite parce que c’est ce que l’on attend de l’autre. Ne plus jamais etre seule. Il n’y a pas d’âge pour ressentir ce besoin,ce vide à combler.
    Il a ses origines. La réalité peut être perçu comme si violente qu’elle est inacceptable. La fuir,soulage un temps mais engendre une vie d’errance,de malheur. On apprend parfois tard,qu’il nous appartient de briser nos chaines. Oui bien-sûr on nous l’a rabâchée cent fois,mais en prendre pleinement conscience jusqu’à le ressentir dans ses tripes comme une évidence, c’est autre chose. Et y parvenir encore une autre.

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