L’Auto Stoppeur II…

Elle longe un vieux mur de pierres en face du fil à linge.

S. ramasse les draps et les serviettes étendus sur le séchoir.

Ce soir, la lune s’est voilée, il va sans doute pleuvoir se dit-elle.

Les jours rallongent,

l’hiver tire à sa fin.

Il lui tarde l’été et ses soirées,

quand le jour s’étire jusqu’aux étoiles.

On frappe à la porte.

S. court jusqu’à la maison,

les graviers ont emmagasiné la chaleur de la journée,

ses pas font crisser les cailloux blancs.

S. ouvre la porte et accueille l’homme qui la veille, avait réservé par téléphone, une chambre pour un couple, pour trois nuits.

  • C’est vous, lui dit-elle, surprise de reconnaître l’auto stoppeur.
  • oui,désolé de ne pas m’être présenté hier au téléphone, je voulais vous faire la surprise.
  • Je ne comprends pas…vous m’avez dit la dernière fois habiter le village voisin.
  • En effet, mes grands-parents, ce week-end séjournent chez moi et, ma nouvelle copine arrive pour deux jours, il me fallait trouver dans l’urgence un lieu où nous pourrions dans l’intimité nous retrouver. J’ai tout de suite pensé à vos chambres d’hôtes.
  • Je suis ravie de pouvoir vous accueillir, entrez donc.

Avec douceur, elle l’invite à s’avancer,

il pénètre dans le salon,

ça sent le gâteau partout,

des senteurs de biscuits à la cannelle, de thé noir et les crépitements silencieux de la cheminée l’accueillent.

La pièce chaleureuse a un petit goût d’autrefois,

ça sent encore la campagne,

on y touche la paix du bout du doigt.

Songeur, il repense à son adolescence,

aux vacances d’été chez sa mémé.

Il a de nouveau seize ans,

l’âge où toutes les vies s’ouvrent à vous et où une seule sera la vôtre.

Il est nostalgique de ce monde,

celui de l’enfance qui est mort en même temps que ceux qui lui ont offert,

ses parents!

S. surprise devant son état de rêverie lui demande si tout va bien,

rassurée par un sourire, elle le conduit à sa chambre.

Après s’être assis pour tester le lit, il lui dit satisfait, d’un ton qui se veut léger:

  • je pensais que le bonheur tenait à un rosé bien frais en terrasse mais je me trompais, je suis certain de le trouver en ces murs.

Trentenaire, il fait partie de cette génération en quête de sens et d’appartenance,

S n’est pas étonnée qu’il n’ait aucun bagage,

elle n’y fait d’ailleurs pas allusion.

Après lui avoir à nouveau souhaité la bienvenue, discrètement elle se retire et referme la porte derrière elle,

le regard inquiet comme celui d’un agnelet voyant approcher les fêtes de Pâques.

Dans sa chambre,

il peut enfin se laisser aller,

plus besoin de jouer la comédie,

il vit la solitude de l’étranger à l’écart des autres.

Le visage contracté par la douleur,

à cheval entre la dépression et la crise de nerfs.

Il a l’habitude,

dans ces moments là, la désespérance maintient son esprit en veille.

Il se tient debout,

les mains agrippées au dossier d’une chaise en bois,

il regarde méchamment la porte…

voilà l’exemple d’une chaleureuse maison familiale,

pense t- il tout bas…

 

 

 

 

 

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44 Commentaires

  1. Josiane says:

    Il aurait perdu ses parents quand il était enfant??l il n’a pas du connaitrel ‘amour de ses parents,quand il pense : voila l’exemple d’une chaleureuse maison familiale…..,il a du en souffrir,il a peut être subi des violences physiques ….la phrase qui dit que S a un regard inquiet comme celui d’un agnelet voyant approcher les fêtes de paques n’est pas très rassurante,elle se doute bien de quelque chose…..

  2. Sonia M says:

    Toujours aussi flippant cet homme !
    Un tueur en série ?
    Un homme envahit par la vengeance ?
    Ou un homme égaré dans la douleur de son passé malheureux ? ??
    A quand la suite, je suis impatiente !

  3. Carole says:

    Ce 2ème épisode en appelle un 3ème! le décors est planté, la tension monte.
    Que va t’il se passer?
    L’impression que rien n’est prémédité, que cet homme vit au jour le jour, instant après instant, qu’il peut basculer du paisible au drame…Qu’il vit les instants sans savoir où il va, qu’il est perdu dans ses émotions.
    Que va t’il se passer ? Va t’il se calmer dans la chambre ou sortir tel un fou imprévisible ?
    Je me demandais si vous vous inspiriez d’un personnage que vous auriez reçu chez vous ou si cela est pure imagination? En tous les cas, J’ai hâte de lire la suite Sabine.

  4. Chantal says:

    Il faudrait qu il soit difficile pour ne pas apprécier cette maison….tout y inspire calme et sérénité…quelle belle peinture de votre maison Sabine…l odeur de la patisserie… Une petite tarte pomme framboise… Hum…. Tout redonne envie d y revenir…
    J espère que cet homme qui n a pas de bagage n est pas venu pour son dernier salut à la vie…
    Demain on en saura un peu plus….

  5. sandrine says:

    C’est homme peut-être qu’il cherche quelque chose ou bien quelqu’un ?J’ai l’impression que c’est un homme
    qui a souffert .

  6. Lili says:

    En premier lieu, plaisir à lire, l’intrigue est là, les métaphores poétiques qui nous font visualiser le décor, une mélodie teintée de crescendo qui nous donne des sensations de suspens et le fameux « et ensuite ? Racontez !! ».
    Et puis ce face-à-face de sentiments qui s’opposent ou peut-être se complètent ?
    La douceur, la crispation ; la paix, la désespérance…La désespérance, c’est un sentiment très fort. Qu’attend-on de la vie quand on éprouve ce sentiment ? La mort nous fait-elle peur ? J’en doute…Dépression, désespérance…pourtant lui, la désespérance, ça le maintient en veille là où d’autres sombreraient jusqu’à la mort, sa propre mort.
    La fêlure de la sortie de l’enfance associée à la perte de ses parents est-elle réellement à l’origine de cette noirceur ?
    Cela m’amène à évoquer la résilience : un mystère pour moi.
    L’exemple parmi d’autres, celui des enfants de Ceausescu : qu’est-ce qui va faire que les mêmes enfants, ayant subi le même traitement ingrat (carences alimentaires, absence de bras et d’amour, d’affection, etc) s’en sortiront différemment, pour les uns la drogue, la prostitution, etc et pour d’autres l’aptitude au bonheur coûte que coûte. La résilience ?
    Autre réflexion : pourquoi ce qui est vécu dans l’enfance reste si profondément ancré ?
    « L’âge où toutes les vies s’ouvrent à vous et où une seule sera la vôtre ». Il faut bien la vivre…comment ne plus en vivre ?

    En fond sonore, le Mal de Vivre de Barbara…dont le dénouement est heureux lui !

    Bien joué Sabine, on suit la série…
    Lorsque votre livre finement dentelé sortira, réservez-en une dizaine au moins pour moi, à garder et à offrir…

    1. Sabine Thierry says:

      que d’encouragements…
      Je profite de ces lignes pour demander à tous de partager le blog sur fb, c’est important de mettre de votre côté la pierre à l’édifice,
      un j’aime et un partage tous les jours peut nous permettre de devenir grands.
      Pour l’instant, Josiane est la seule à jouer le jeu!

  7. Domino says:

    « L’âge où toutes les vies s’ouvrent à vous et où une seule sera la vôtre  » J’adore cette phrase.
    Vivement la suite ! Pourquoi ment il ? Que cache t il ? …………….. Suspense !

      1. Christelle77 says:

        Oui, je suis d’accord avec Domino sur la beauté et la profondeur de cette phrase ! Et j’ai le souvenir de votre livre Sabine où vous racontiez vos nuits mouvementées avec le côté diabolique de la force si je puis dire, dans ce petit appartement, quand vous étiez à peine majeure. Je vous avais demandé une fois si votre vie aurait pu basculer vers la noirceur plutôt que vers la lumière à ce moment, et vous aviez répondu par la positive. Vous avez fait le choix de la lumière, de la solidarité, de l’amour, de l’entraide, de la bienveillance … J’espère que votre auto-stoppeur fera un choix similaire … s’il n’est pas déjà trop tard !!

  8. Pascale says:

    Super suite, j’ai hâte de lire la suite … ça pourrait être chez vous ?
    S … chambres d’hôtes … je dirai « réalité » …
    on dirait bien …

  9. Anne64 says:

    S sent les.choses…
    En apparence, la vie du.moins les éléments de sa vie qu’il veut bien dévoiler (ses grands parents chez lui, sa copine qui va le rejoindre…) sont peut être pure fiction, il s’invente une vie pour cacher une partie de la sienne.
    S’il se rend chez S, c’est peut être pour se venger de quelque chose…S a peut être, sans le savoir, un point commun dans le passé avec cet homme…Il semble envieux de la chaleur et de l’ambiance familiale qui règnent dans cette maison. Ce bonheur lui est peut être.insupportable lui qui est maintenant orphelin.
    Je suis de plus.en plus persuadée que cette histoire est réelle. Je suis impatiente de découvrir la suite…

  10. sylvie Méditerranée says:

    Il dit à S , qu’il avait réservé pour trois nuits par tel : et que sa nouvelle copine arrivé pour deux jours ,il ne parle pas ni du jour de son arrivé, ni de l’heure.
    Est t’il venu chercher la nostalgie de son enfance!!!!!!!!!!!!!.
    Le lieu lui remémore t’il des souvenirs auquel il a besoin à tout prix de renouer , pour lui il est certain de retrouver le bonheur en ces murs, l’endroit ne lui parait pas étrange, tout laisse à croire qu’il y a une alchimie ,entre la bâtisse et lui , pour ce qui est familiale , pour lui la mort de ces parents a certainement briser une grande partie de sa vie.
    Derrière son enveloppe charnelle est t’il un agneau où un loup??????
    Un petit clin d’œil Sabine a t’il piqué le vélo du facteur!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  11. Rabia says:

    Très belle intrigue !
    Pourquoi à t-il choisi la maison de S en premier ?
    Étrange non ?
    Peut être vient il chercher l’appaissement qui lui permettrait de lutter contre ses démons ?
    Vivement la suite …

  12. Françoise46 says:

    Et si S…tentait de nous parler de l’histoire de sa maison « La Villa thé au salon », cet « homme » y aurait vécu par le passé, dans une autre vie, il serait toujours là, il a peut-être des choses à régler avant de pouvoir partir sereinement, d’où sa rencontre avec S…?

    1. Sylvie d'Andernos says:

      Oui, je suis d’accord avec Françoise,
      Cet homme pourrait revenir dans la maison de son enfance,
      mais avec de mauvais souvenirs
      qui le rendraient malheureux ????
      Suspensssss….

  13. Christelle77 says:

    Oh le suspens de folie ! C’est limite cruel de nous faire languir de la sorte ! On a tellement l’impression d’être dans la scène, d’entendre les bruits, de sentir les odeurs, de ressentir les peurs, de zoomer sur les visages ! C’est très cinématographique finalement la manière dont vous nous racontez les choses !
    Bon, là tout de suite, j’ai envie de crier : « courrez S, courrez ! Fuis petit agnelet car la barbarie humaine est à ta porte !! » … Mais en même temps, S. est-elle inquiète pour elle-même ou à cause de ce que pourrait faire son hôte dans sa maison (une tentative de suicide par exemple vu son désespoir, ou mettre le feu ?) ? Et puis, on sent bien que S. a un 6ème sens aussi développée que celui de quelqu’un qu’on connait tous bien ! Alors elle n’aurait quand même pas ouvert la porte en sachant que sa dernière heure serait proche dès lors ! … Bref, moi je me dis que prochainement, une âme malheureuse va être sauvée par une femme courageuse. Je me dis que, peut-être, des gens venus de l’au-delà vont même aider cette femme à rendre à cet homme perdu et au bord du gouffre, une lueur d’espoir.
    En gros, je sens le happy end venir !!! (… mais en même temps, je sais qu’il n’est pas si fréquent dans vos histoires le happy end, alors je m’inquiète !!). Mon dieu, vite, délivrez-nous en nous racontant la suite !!!! Je n’en peux plus !!

  14. mamie says:

    c’est bizarre , il lui dit en ce qui concerne sa venu qu’il voulais lui faire la surprise…
    et S n’est pas surprise qu’il n’ait aucun bagage!!!
    il souffre mais est ce que S le sais ?
    ils ce sont connu autrefois ???

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