Le Malentendu … IV.

En guise de carnet de voyage, un appareil photo argentique et le parti pris du noir et blanc,

c’est chaussée de ballerines en toile, et habillée léger d’un twinset blanc et d’un pantalon cigarette bleu marine qu’elle part jouer la touriste.

Sur les lèvres, du rouge,

dans la tête, une idée fixe…

devant la cité des doge, l’attend pour une merveilleuse journée, son guide.

D’un pas léger, elle flâne devant les vitrines,

les boutiques de luxe contaminent les rues.

La lumière possède une odeur,

elle tourbillonne dans les arbres et allume ses étincelles sur les canaux.

Les maisons paraissent naître avec le jour.

Son humeur est au bleu,

bleu comme le ciel et sa sœur la mer.

Elle a du vent dans les cheveux,

et une convocation pour le bonheur.

Arrivée à destination, dans la foule de touristes, elle ne voit que  lui,

il est son ancre à laquelle elle peut s’accrocher.

Il a l’allure d’un bourgeois que l’on dirait affranchi.

Son sourire en la voyant s’étale joyeusement.

Mon Dieu, qu’il est beau,

grand, brun, les yeux noisettes, avec son air rassurant.

Après lui avoir de façon pompeuse, serré la main, il l’entraine dans la visite du palais des doges.

Ils se glissent dans les couloirs, jettent un coup d’œil sur les salons aux voutes décorées, aux lambris et miroirs peints.

Les rues au dehors sont envahies par des nuées de visiteurs.

Bousculés de toutes parts, ils trouvent au hasard d’une ruelle, refuge dans une tour.

Après avoir monté à pieds une centaine de marches en pierres , ils contemplent,

essoufflés,

l’air au balcon.

Le sentiment d’être la reine du monde l’envahit.

Au cœur de la journée,

par les paroles et les silences,

le passage des badots,  elle n’a qu’une idée,

qu’ils vont enfin se découvrir et,

pour de bon se rencontrer.

Comme dans un livre,

elle se voit en héroïne,

ils sont deux personnages aux prises avec le vertige du désir dont les destins  se frôlent dans une promenade dans le temps et dans l’espace,

dans une des plus belles villes du monde,

elle vit un songe.

Au gré des heures qui s’égrainent doucement, elle découvre avec lui des lieux chargés d’histoire,

visite les musées, explore les catacombes et admire les grandes maisons aux façades colorées,

dans ses yeux s’impriment pour toujours un torrent d’images baroques.

Ils terminent la journée épuisés.

Cheminant dans un dernier jardin public,

et lancé dans l’ abîme du temps,

il lui raconte encore ce monde oublié,

un monde où on divisait pour mieux régner,

où on jonglait comme on pouvait, entre fidélité et trahison.

Il lui dit comment le courage le fascine et la passion lui est familière.

Ils s’étaient assis un moment sur un banc pour se reposer quand surgit de nulle part, un homme au visage encadré de boucles blondes et au regard d’acier.

Dandy fatigué impeccablement las et cravaté, il avançait avec l’orgueil de la jeunesse.

il salue de loin Marcello.

  • Andréas viens, approche toi, ne sois pas timide.

Andréas a dans les yeux, la puissante mélancolie slave,

Franco-russe, il est douloureusement magnifique.

Après s’être étreints amoureusement et embrassés sur les lèvres,

Marcello fier de son amant, le présentât et révélât les ressorts secrets d’une vie singulière.

Elle apprît qu’Andréas vivait de quelques  brocantes,

un temps mannequin, ancien étudiant en philo à Paris,

il est venu il y a trois ans à Venise se mettre en retrait du monde.

Il lui raconte leur rencontre.

Auteur disponible pour des rencontres,

Marcello est écrivain public.

Tous les après-midi,

il écrit pour les habitants  de son quartier posé au pied des monuments.

Chacun raconte son histoire et les mots suivent leur chemin jusqu’au moment où les choses sont prêtes à basculer.

Il aime réveiller ainsi la mémoire des gens qui dormaient.

Nostalgique assumé, il marche le reste du temps sans but,

espérant qu’au détour d’une ruelle,

l’aventure jaillisse…

avant Andréas, il menait sa vie au jour le jour,

au rythme de ses rencontres.

Depuis,  ils vivent ensemble et,

ont décidé de se marier.

  • le rêve est devenu mon adresse, conclut-il, ravi.

 

Tous vos commentaires seront les bienvenus…

 

 

 

39 Commentaires
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39 Commentaires

  1. Chantal says:

    Ça pour un malentendu c est un malentendu. ….la preuve qu il ne faut pas avoir obligatoirement des idées de sexes pour lier des amitiés et éprouver beaucoup de joies à passer une belle journée. Tout dans le récit de Sabine me laissait penser qu il y avait anguille sous roche et ben non le plaisir était ailleurs.
    En lisant vos textes Sabine je me disais que vous pourriez en plus de chroniques écrire des poèmes tellement vos récits sont imagés, on a l impression d y être et c est ce que j aime dans les poèmes que j apprecie la faculté que les auteurs ont à me transporter….
    En tout cas bravo pour l’idée je ne dois pas être seule à dire que tout présager d une autre fin

  2. Laurence says:

    Une chute comme toi, surprenante!
    L’idée d’une histoire d’amour avec lui dans son esprit uniquement, certains d’entre nous ont peut-être connu cela…En tout cas cela permet de commencer joliment la journée de travail.

    1. Sabine Thierry says:

      ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué…et dieu sait, combien j’aime les ours.
      N’avez vous pas un jour les filles cru à une séduction qui n’en était pas…j’écoute.

  3. Carole says:

    Lorsque j’ai lu:  » Après lui avoir de façon pompeuse, serré la main… », je me suis tout de suite dit oh la la , c’est mal parti pour une passion…
    J’ai trouvé la fin tout à fait crédible car j’ai dans mes connaissances des hommes qui aiment des hommes et ils sont supers avec les femmes, tellement doux, des oreilles attentives.
    Et nous les femmes, on aime ça alors ….
    J’aime les phrases: « Sur les lèvres, du rouge », « il est son ancre à laquelle elle peut s’accrocher », « elle tourbillonne dans les arbres et allume ses étincelles sur les canaux », « bleu comme le ciel et sa sœur la mer », « il est douloureusement magnifique ».

    Y aura t’il une suite ? Comment va réagir notre héroïne à cette situation ?

    1. Christelle77 says:

      C’est amusant, moi quand j’ai lu cette même phrase « après lui avoir, de façon pompeuse, serré la main », je me suis dit : quel gentleman ! Il ne précipite pas les choses, il attend le bon moment, calmement, patiemment ! … Bon, râté ! lol

  4. Sabrina PO says:

    Eh bien non, j’ étais loin de penser à cette suite finale, . Bon tant pis pour l’histoire romantique qu’aurait pu vivre l’héroïne… Le destin en à décidé autrement .
    Souhaitons une très belle histoire d’amour aux deux tourtereaux .
    Merci Sabine pour ce beau voyage et cette belle lecture.

      1. Sabrina PO says:

        Oh merci Sabine 😳 . Et le plaisir l’est tout autant pour moi… pour nous tous ici, à vous lire et à découvrir.
        Vous pensez qu’elle sera prête quand, la nouvelle rubrique Sabine ? 😉

          1. Sabrina PO says:

            Le plus récent dont je me souvienne est celui que je vis depuis une dizaine de jours , avec le papa de ma fille…hum! hum! Il a confondu mon empathie ( il a été hospitalisé quelques jours + autres tracas..) pour un rapprochement , voir un emménagement… du coup j’ai pas vu tout ça venir 😵 il a été plus que rapide avec des arguments très sérieux !!!!!!!! 😇 alors que j’ai été très ferme 😠.
            Voila, il faut vite que je me dépêtre de cette situation … qui est parti sur un malentendu !!

  5. Nurse 24 says:

    Excellent malentendu gracieusement narré. Une belle histoire, une magnifique rencontre qui a suscité chez elle le souvenir des premiers émois, ne jamais oublier ce que cela fait naître et vivre en nous
    Des émotions si humaines et spontanées, un élan capital au bien être et au bonheur
    Affinité d’âme et d’esprit aux allures sincères
    Pas toujours besoin de relations physiques pour exprimer une telle joie
    Effectivement dommage pour elle mais au moins elle sait qu’elle est en vie et lui donne l’occasion de réapprendre ce qu’est d’avoir le cœur qui bat la chamade et des papillons dans le ventre
    Un nouveau tremplin pour un nouveau départ
    Quant à lui, sa liberté est divine…un regard flamboyant dans une vie bien assumée dans un pays aux empreintes parfois sectaires ou trop traditionnelles presqu’indélébiles mais bien située dans une ville gravée d’amour
    « Le rêve est devenu mon adresse » reflète l’idée même que rêver est permis à tout le monde, il lui offre la pensée que le rêve a sa place même aux plus pessimistes, c’est un beau cadeau
    Rien ne sert de fuir ses rêves, ils nous rattraperont à coup sûr surtout à un moment où on ne s’y attend pas ! Une belle leçon de vie, toujours surprenante qui la rend si belle
    Aucune rencontre ne se fait par hasard, aucune!!!
    J’adore!!!!
    Merci dame Sabine!

      1. Nurse 24 says:

        Je n’ai pas vécu l’histoire que vous décrivez mais disons que ça réactive des souvenirs autres, à moi…ou à des connaissances quand mon intuition me disait vrai. Je ne suis pas autant précise et concise que vous mais je perçois énormément les ressentis et la suite même floue de ce qui va se passait. Je sens quand les autres font fausse route mais c’est une route qui amène à une idée tout de même. Alors du coup, votre récit réveille en moi une certaine réflexion que je viens de citer. Une situation entraine toujours une nouvelle idée, un nouveau chemin qui entraine encore une autre idée et ainsi de suite….ainsi va la vie!
        Merci de me faire rêvasser à tout cela, j’ai parfois erré ou consciemment allé vers….
        En tout cas, j’en ai le sourire à penser au chemin parcouru jusqu’alors et c’est cool! Suis fière et ravie !
        😁😘

  6. Nam says:

    Lorsque j’ai lu cette phrase »: Après s’être étreints amoureusement et embrassés sur les lèvres », je me suis arrêtée et fait un retour en arrière dans ma lecture. Je m’explique, j’ai cru qu’il s’agissait d’elle et lui, je me demandais si j’avais manqué un élément avant car tout d’un coup cela s’était accéléré.

    J’ai pu comprendre la chute ensuite: « Marcello fier de son amant. » Donc voilà, la morale serait de rester vigilant dans son élan, même si tenter et ne pas s’interdire cette seconde chance pouvait se faire si c’était réciproque. Si il y a une suite, nous saurons peut-être si il y aura une continuité dans leurs relations ( amicale ou autre).
    Il m’intrigue son métier d’écrivain public à Marcello. J’y portais intérêt avec cette fin sur le passage de la description de sa profession.

  7. Chantal says:

    Je souris en lisant les commentaires en faite je pense que c est arrivé à tout le monde de croire au on intéressait quelqu un..en faite cela m est arrivé une fous au point que j étais vexée..cela faisait plusieurs jours que je sentais des regards insistants sur moi et cela me flattait je savais qu il avait parlé de moi avec des collègues j avais 19ans à cet âge on se monte vite des histoires….à chaque fois qu on se croisait dans les couloirs du bureau il me souriait pas un sourire normal pas le sourire d un collègue un sourire charmeur enfin je le pensais…un matin lors de la pause café il me proposa de dîner le lendemain soir…que c était long il était pourtant plus âge que moi une bonne dizaine d années mais rien ne m aurait fait refusé ce rendez-vous…le lendemain plus que d habitude je me préparais une jolie tenue sans équivoque toutefois…nous avions rendez-vous dans un restaurant suffisamment éloigné du travail pour que selon lui rien ne vienne troubler notre rendez-vous. Il était là à table dans ue tenue a faire rêver toutes les femmes…et je ne sentais plus mon Coeur battre si fort….il commanda …et au détour de notre conversation entama le sujet qui nous avait amené…et devinez il venait d être promu à un poste de secrétaire général et voilait que je devienne sa secrétaire…Alors la je n ai pu que bredouiller des paroles qui ne voulaient rien dire…reprise je lui expliquais que mon travail à la comptabilité me plaisait beaucoup mais que j allais tout de même y réfléchir.j étais vexée d avoir cru que j avais pu l intéresser.

  8. Anne64 says:

    Pour un malentendu, c’est un sacré malentendu ! Notre héroïne a du être bien déçue…Je ne m’attendais pas du tout à cette fin et j’aime beaucoup, une vraie surprise !

      1. Josiane says:

        Un petit malentendu qui m’est revenu mais c’est tellement loin,j’avais 15 16 ans,je sortais tres souvent en boite de nuit,c’etait ma soeur et son copain qui m’anemaient le plus souvent,un soir la boite de nuit a fermé plus tôt,je me suis retrouvée bien embêtée…..j’ai demandé à un homme avec qui j’avais discuté un’peu ds la soiree s’il pouvait me ramener car je n’avais personne,il a accepte,je suis montée ds la voiture,deux autres hommes et une fille dormaient ,(sur le moment,j’ai hesite mais j’avais tellement peur de ne pas rentrer assez tot a la maison….)il m’a fait monter devant,tout allait bien jusqu’à ce qu’il pose sa main sur mon genou….et la,j’ai eu la peur de ma vie,je lui ai repousse la main,j’ai mis l’autre main sur la poignée de la portière,j’étais prêté à « sauter » en roulant….,heureusement,il a compris,et n’a pas insisté,un malentendu qui aurait pu mal se terminer , et pendant ce temps ma soeur m’attendait sur le parking en se demandant ou j’etais…ça serait maintenant,je ne le referais pas…..quand j’y repense…..

  9. GUYBKK says:

    Cupidon ,n’a pas lancé la flèche sur la bonne personne , du coup il y a une pauvre petite dame qui est déçue , à moins que le ménage à trois ait été envisagé ce que je ne pense pas .
    Belle chute , je n’y aurait jamais pensé . Chapeau .

      1. GUYBKK says:

        Bien oui ,parfois la masculinité se cache sous une féminité excessivement trompeuse et un homme averti en vaut deux . Difficile de déceler la supercherie ,heureusement vous nous donnez les bonnes informations .

  10. Rabia says:

    Quelle chute !
    Trop beau pour être vrai, un beau brun ténébreux 😞
    Cela lui aura permis de se sentir vivante.
    Elle a de nouveau de pied à l’étrier .

  11. Christelle77 says:

    Oh le choc ! Quand Andréas apparaît, avec sa mélancolie slave, je me suis dit : Marcello a joué les marieurs en voulant que cette jeune femme rencontre son ami, qu’on imagine désespérément seul et bien trop timide pour tenter lui-même une approche amoureuse. Mais en fait, c’est pire que ça pour elle !
    Mais je retiens, dans son malheur, une phrase très importante : « dans ses yeux s’impriment pour toujours un torrent d’images baroques. » J’espère en tout cas que ce mauvais coup du sort de Cupidon ne la jettera pas dans la désespérance. Du coup, en effet, une petite suite à cette histoire qui a pourtant une vraie fin, je ne suis pas contre du tout ! Je suis même totalement pour ! Elle a droit à une 2ème chance ou à un lot de consolation non votre héroïne !!

    Sinon, « La lumière possède une odeur, elle tourbillonne dans les arbres et allume ses étincelles sur les canaux »… comme c’est sublimement poétique ! (tout est poétique de toute façon, et c’est votre force !).

  12. Lili says:

    Mon premier sentiment : déception….pour elle.
    Mais finalement, il y a des choses à en retirer.
    Pour notre héroïne, cela signifie très clairement qu’elle est enfin prête à recevoir et à donner de l’amour, le travail de deuil semble fait. Y’a plus qu’à…MAIS IL EST OU ??!!
    Pour notre héros, « Le rêve est devenu mon adresse ». Sublime…
    Une suite ? Spontanément j’aurais dit oui, et puis finalement, on peut imaginer qu’elle finira par rencontrer le sien, le bon…On lui souhaite que l’attente ne soit pas trop longue et qu’elle n’en souffre pas trop…

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