Lettre à Christelle…

 

 

Il était une fois,

un lieu sorti de l’oubli,

reste le temps et la mémoire…

une femme, on la nommera Christel.

Aux prises avec la vieillesse, elle remonte le temps en évoquant des moments de sa vie, elle arpente ses souvenirs.

Elle découpe en lamelles le temps de la passion et celui de la lâcheté.

On ouvre avec elle des cartons remplis de livres comme si la vie entrait dans la mort.

Il était une fois,

il y a longtemps.

Une époque troublée,

une société hypocrite et mesquine dans ses mœurs,

un jeune homme qui n’aimait pas son corps d’homme,

il aimait en cachette, dans le grenier,

pour gommer une frontière,

en fille, se travestir et se grimer.

Christian devient alors Christel.

Une façon pour lui de jouer à saute-mouton,

avec ses deux vies.

Aujourd’hui,

Christian a soixante-dix ans,

règne au dehors une atmosphère étouffante,

il habite, seul, un quartier plutôt bon genre,

une rue verdoyante et paisible,

avec tout autour des petits jardins fleuris,

les mimosas sont en fleurs.

Des chats se baladent, nourris par le voisinage.

On dit que le soir, à une heure bien précise, l’été,

des centaines d’oiseaux se posent à la cime des arbres.

Il est dans le grenier.

Devenue Christel,

assise sur un vieux fauteuil qui a connu plusieurs vies,

elle s’est endormie avec sa main sur un livre comme marque page.

Elle se souvient.

Quarante ans d’amitié et de fidélité jusqu’au jour où il pleure Charles sur son lit d’hôpital.

L’absent devient son fil rouge.

Elle ouvre les yeux,

de son fauteuil, elle voit une grande photo en noir et blanc.

Deux hommes enlacés sourient, heureux, à l’objectif.

Charles, au début lui a demandé de fuir afin de vivre au grand jour et, anonymes leur amour.

Partir aux USA…

il y a des hommes pour qui l’océan Atlantique, représente parfois une frontière difficile à franchir.

Christian n’a pas eu le courage.

Lorsqu’au soir de sa vie, il entreprend de la dérouler, il a cette pensée qui définit son projet…

Je ne suis heureux que par le souvenir…

Puis,

ces derniers mots qui soufflent dans le froid d’une âme à bout de souffle,

ceux de Charles, il y a dix ans, atteint du sida au crépuscule de sa vie, avant de fermer les yeux pour toujours,

je t’aime pour l’éternité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16 Commentaires
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16 Commentaires

  1. Sabrina says:

    Les moeurs changent…mais pas assez..des fois ils régressent même, j’ai l’impression…
    Quoi de plus pur et de plus beau qu’une histoire d’Amour qui a la promesse de durer éternellement…
    Votre histoire, même si elle n’est que fiction, aurait pu être véridique.
    Christian s’est. Empêché de vivre au grand jour ce qu’il était vraiment, la vie qui était la sienne, mais non conforme à la société ….par peur de représailles et du regard des autres.
    Votre suite, Sabine, m’a beaucoup plu, Merci pour votre écriture .

  2. Christelle77 says:

    La vie demande d’avoir un certain courage et ce courage n’est pas donné à tout le monde. Et on le voit ici, la peur ou on ne sait quoi est parfois plus forte que l’amour et il est aussi parfois plus facile de vivre dans le cocon du souvenir ou du rêve que dans la « vraie vie ». J’aime bien l’alternance du « il » au « elle » dans votre texte, comme si le choix n’avait finalement jamais été tranché et j’aime beaucoup aussi ce grenier -« refuge », cette bulle au calme ou il peut enfin être lui-même ! Bref, même s’il est triste, c’est un très beau moment que vous nous faites passer !!

  3. Domino says:

    Je ressens beaucoup de tristesse pour ce personnage de Christian/Christel. C’est difficile quelquefois de faire des choix si importants. Chacun fait en son âme et conscience. Ne jamais juger. Mais j’ose espérer que les mentalités changent (suis je trop optimiste ?), et que ce genre de choix ne sera plus un problème …

    1. Sabrina says:

      Les mentalités ou moeurs ont beaucoup de mal à changer… car à cause de personnes aux idées très arrêtées et qui ne veulent pas voir que le monde ne ressemble pas et ne se limite pas qu’a leur bout de nez …..

  4. Laurence says:

    Il n’ a pas eu le courage de partir mais elle a eu le courage de devenir une femme, cela me laisse pensive…nous serons toujours des êtres complexes…

  5. Goldy says:

    Superbe suite Sabine…. et très inattendue. Quelle excellente idée!! J’ai adoré… mélange d’émotion, de doute, de crainte,…
    Avez-vous eu l’idée rapidement ou au fil des jours?

  6. Lili says:

    Superbement bien écrit, une fois de plus…à relier…et le livre, il avance bien ?

    J’adore le sujet : vivre libre, que chacun s’occupe de sa vie et laisse l’autre vivre comme il l’entend, dans la tolérance, la différence étant ce qui nous enrichit. Qu’est-ce que ça serait triste et fatigant s’il n’y avait que des clones de ma personne…quel intérêt aurait la vie, déjà que…?!
    Sujet qui avance d’un cran dans notre société à l’heure actuelle, on ne parle plus exclusivement de transsexuel, de travesti, voire de 3ème sexe mais de transgenre qui est englobe un peu ces premiers termes pour définir celui/celle qui a un sexe opposé à son apparence physique, celui/celle qui se sent appartenir au genre opposé, etc.
    Ce qui manque dans nos sociétés avant toute chose c’est la tolérance et l’ouverture d’esprit : que chacun mette son énergie à s’occuper de soi au lieu de taper sur l’autre. L’Homme est par essence lâche et se défausse sur l’autre, accusant l’autre de ses maux…on est tous comme ça à des degrés variables le tout étant de ramener au minimum…
    Paix sur la terre ! Aimez-nous les uns les autres ! Sauf les très très cons… (je précise que je suis agnostique 🙂

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