La maison qui avait une âme…

Je crois aux destins qui se suivent et se torsadent, vous connaissez sûrement ce sentiment de déjà vu, de déjà vécu, ce sentiment du temps qui nous traverse.  C’est par une belle journée de printemps aux tons verts et jaunes que je découvre au détour d’une ballade en forêt au milieu de nulle part une vieille bâtisse datant du siècle dernier. Vous savez un peu comme ces vieilles maisons en pierres dans lesquelles on n’ose pas s’aventurer de peur d’agiter les squelettes tapis au fond des placards. Dans le jardin en friches se trouvait occupée à couper ses rosiers une femme , une femme sans âge et lumineuse,  au regard profond. Je m’avance alors vers elle et m’excuse de la déranger.

-Point du tout me dit-elle.

-Il y a bien longtemps que je suis dépossédée du métier de vivre, ici les journées se déclinent lentement au rythme des heures qui passent, rajoute-t-elle.

Je m’autorise donc un moment avec elle et me permets quelques questions pour mieux plonger dans son histoire.

Elle est veuve notre inconnue, femme hantée par les images des gens qu’elle a vu mourir  elle préfère à la folie des hommes la solitude.  Son deuil reste fermé sur elle même avec le regard en dedans. Les larmes coulent encore m’avoue t-elle mais aujourd’hui en douceur à cause de la distance en années.

C’est alors qu’animée d’un drôle de sentiment,  un trouble qui me rendit mal à l’aise je lui demande si des allemands pendant la seconde guerre mondiale avaient séjourné dans cette maison. Pourquoi me direz-vous cette question? Parce que  justement ce sentiment de déjà vu, ce sentiment de déjà vécu.

-oui en effet, c’était même leur QG.

-pourquoi un pendu? je demande.

Il est des histoires qu’on n’est pas censé connaître, des grains de sable que l’on a soigneusement ôtés des rouages de notre passé pour que son récit tourne sans heurts.

-Juste là, regardez dans cette prairie se trouvait un camps de prisonniers, alors oui sûrement…il y a eu! Vous savez ma maison, les années passées , avec ses décès lui ont infligée de grandes blessures qui resteront dans ses murs à jamais muettes et tatouées.

Le ciel s’assombrit , préférant éviter la pluie, je la remercie pour ce temps suspendu et je pris congé.

J’avais fait quelques pas, l’esprit toujours un peu dans le brouillard, perdue dans mes pensées  alors que je me retournais pour un dernier salut, j’entendis au loin éclater un rire qui emporta les nuages sur son passage.

La maison avait disparu…

ce qui m’amène aujourd’hui à croire qu’elle n’avait peut-être jamais existé !

21 Commentaires
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21 Commentaires

  1. Christelle77 says:

    C’est digne du « Horla » de Maupassant ! Rêve ou réalité ? Folie ou escapade dans le paranormal ?
    Sabine, vous savez sûrement mieux que quiconque que ce n’est pas parce que les choses sont invisibles qu’elles n’existent pas ! … C’est d’ailleurs même l’un des passionnants sujets de votre livre « La petite fiancée des ombres » !
    Que l’on croit ou non à l’idée que l’on pourrait avoir vécu plusieurs vies, une chose est certaine : ce sentiment de « déjà vu » dont vous parlez est parfaitement troublant, surtout quand on ne parvient pas à le raccrocher à notre vie présente !

    1. Anne says:

      Ah oui, cela procure une drôle de sensation lorsque l’impression de déjà vu ou déjà vécu surgit. J’ai parfois aussi l’impression de vivre des fractions de secondes déjà rêvées mais peut être n’est ce, là aussi, qu’une impression…

  2. Calabia says:

    Longue vie à vôtre blog sabine !!

    J’adore ses récits d’antan de ses vieilles maison et chateaux d’où s’echappent des histoires et des faits mystérieux dont vous avez l’art de nous les raconter.
    Frédéric.

  3. Béatrice83 says:

    Oh la la c’est terrible j’adore ! je me suis régalée avec votre livre « La petite fiancée des ombres » et je suis heureuse de pouvoir constater que vous continuez dans cette voie… Merci à vous

  4. Pouvreau says:

    Coucou Sabine .
    J’espère que tu vas bien,cela fait bien longtemps que l’on ne s’est pas parlé.
    Si tu as vraiment vécu cette histoire tu as franchi une dimension d’une mémoire du passé.C’est très intéressant.
    Je t’embrasse Bien affectueusement.Colette.

  5. yefsah says:

    Vous avez réussi à captiver toute mon attention et j’ai dégusté tous vos mots avec passion en vous lisant vous avez fait resurgir des choses que j’ai vues dans mon passé quand j’étais enfant, il y a des choses inexplicables mais qui sont bien réels un instant .

  6. Vincent says:

    Avant toute chose en regardant l´illustration de la maison je me suis demandé s´il ne s´agissait pas d´une maison sur la route de Saint-Raphael complétement perdue au milieu d´un immense champ qui m´intrigue chaque fois que je pars dans le Médoc rendre visite à mes neveux.
    C´est étrange Sabine car cet écrit m´a ramené à des années en arrière où restent en moi de vieux souvenirs de notre premier échange en personne dans votre jardin et l´impression étrange que nous j´ai eu que nous nous connaissions déjà ou du moins que vous aviez des choses à me transmettre.
    Cette histoire me ramène aussi à ce sentiment qui avec le temps nous laisse douter de ce que nous vivons, il m´arrive parfois de me demander si certaines choses ont été vécues ou si je les ai rêvées…j´adore me plonger dans ces réflexions. Merci de nous interroger par vos écrits 😉

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