Révolte…

Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

À la robe déchirée

Au regard d’enfant perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts

Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris

Qu’elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme

Voudrait bien dorloter

Cette image idéale

De son malheur sur terre.

Paul Éluard

 

 

1945,

un jour sinistre de Septembre,

un vent aigre,

une rue de Paris humide et pluvieuse.

Une violence sourde suscite un malaise diffus.

Un soldat ennemi,

vaincu laisse derrière lui une femme française,

amoureuse humiliée.

L’isolement pendant quatre longues années les a attendris,

les a pétris de désir et d’amour.

Leur histoire d’amour c’est du courage ou,

de l’inconscience.

On sent la vie qu’au moment où elle menace de nous quitter…

Quand il se retourne,

alors qu’on le pousse et qu’on le bouscule,

il l’a voit,

au milieu des cris,

animal apeuré,

femme dénudée,

assise et encadrée par ses pairs enragés,

sur une scène de fortune,

où ils s’apprêtent à la condamner.

Des ciseaux épris de vérité vont couper!

Il a une boule dans la gorge et un pavé sur l’estomac.

La sauvagerie de la guerre,

de ceux qui la mènent et de ceux qui la gagnent.

Ça va commencer.

La haine est un déguisement,

une panoplie.

Place de la mairie,

une cérémonie expiatoire pour des femmes

traitées comme les sorcières de Salem.

Elles sont trois femmes muettes d’effroi,

trois femmes qui ont bravé l’ordre établi et ses interdits,

trois femmes qui attendent leur sentence,

il y en a une plus jeune, avec dans ses bras un enfant blond en pleurs et une croix gammée dessinée sur le front.

Pour donner un caractère officiel au châtiment,

la présence d’un policier.

Les rires, les moqueries,

les insultes avec des mots qui cognent,

fusent.

Tondues, enlaidies et dénudées,

victimes d’une cruauté primaire à la limite du soutenable,

on les fait défiler.

Elles ont le regard hagard,

les larmes coulent.

La honte c’est comme un coup de pied qui vous plie en deux et qui vous coupe le souffle.

Ce texte si je l’ai écrit,

ce n’est pas pour donner de leçon

mais tâcher de nous faire réfléchir sur la folie des hommes et,

les dangers de l’intolérance.

Sabine.

 

 

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36 Commentaires

  1. Tatiemomo says:

    Les actes infligés à ces femmes qui, au coeur de l effroyable,de la violence d une guerre, avaient trouvé un peu de douceur, de l amour tout simplement, sont à mon sens des actes lâches, barbares! Honte à ceux qui ont commis de tels supplices, de telles humiliations à celles qui n étaient » coupables » que « d amour » .Bien souvent ils voulaient montrer au moment de la libération qu ils étaient du » bon côté « alors qu ils avaient commis eux même des actes plus que douteux. L intolérance vis à vis de l’autre masque souvent sa propre noirceur.

    1. Sabine Thierry says:

      Je vois que vous êtes bien informée,
      il faut dénoncer tous ces actes de haine pour que plus jamais on ne s’attaque aux plus faibles.
      Merci Monique d’ouvrir le bal des commentaires.
      Mon texte vous a plu?

      1. Tatiemomo says:

        Oui Sabine cela donne envie de pleurer mais à la fois c ‘est révoltant ! Vos textes sont en même temps touchants et percutants, empreint de poésie aussi!
        Il serait bien Sabine de faire un recueil de tous vos écrits tellement ils sont forts, justes. L intensité mêlée de poésie de vos textes sont une caractéristique de votre écriture. Vous maniez les mots avec une dextérité extraordinaire et je trouve que cela va de plus en plus vite et que cela est de plus en plus fort!!!

  2. Carole says:

    Lors d’un atelier d’écriture en octobre dernier, j’avais évoqué ces actes effroyables dans ma suite que je me permets de repositionner ici car je n’ai pas d’autre mot.

    « ………..Alors Grégoire prend le temps de se remémorer l’histoire de sa grand mère Juliette.
    Juliette a vécu ici à Damery toute son enfance et sa vie de jeune adulte.
    Juliette a eu le tord de s’amouracher d’un jeune et beau allemand Frantz.
    Mais pendant la guerre, cela ne se fait pas!
    On a dit d’Elle qu’elle avait pactisé avec l’ennemi.
    A la fin de la guerre, Juliette, on l’a tondue sur la petite place du village de Damery.
    Si on avait laissé tous ces chiens faire, ils l’auraient lapidée…
    L’humain est animal dans ces moments là.
    Alors Juliette n’a pas eu le choix, elle s’est enfuie seule dans le sud de la France.
    Grégoire continue d’observer tous ces petits fils de « chiens » qui un jour ont condamné Juliette.
    Il a ressenti ce désir si grand de venir et de les voir, au moins une fois… »

    Votre texte me donne envie de pleurer. Sans autre mot pour le moment.

      1. Carole says:

        Oui vos mots « … victimes d’une cruauté primaire à la limite du soutenable,…  » et puis
        « …La honte c’est comme un coup de pied qui vous plie en deux et qui vous coupe le souffle ».

        Et puis cette PHOTO, moi cela me coupe le souffle!
        Une pensée pour toutes ces femmes humiliées.

  3. carine says:

    Oui effectivement ça fait réflchir et ça remet les pendules à l’heure…………
    Même si 1945 est derrière nous, on ne peut oublier et il ne faut surtout pas oublier la folie dans lequel ce monde peut si facilement basculé !!
    La folie des hommes n’a pas disparu et malheureusement elle passe les siècles avec encore pas mal de succès!

  4. Christelle77 says:

    C’est terrible la guerre pour ceux qui ne l’ont pas voulue mais qui n’ont guère d’autre choix que d’obéir aux ordres. C’est terrible parce que si les allemands avaient été « dans notre camp », cette histoire d’amour entre un homme et une femme (parce que ce n’est que ça, tout simplement), n’aurait jamais posée problème. Oui mais voilà, tomber amoureuse d’un « ennemi » de la patrie (une patrie d’ailleurs devenue amie aujourd’hui, c’est balot), c’était impossible, c’était « pas comme il faut ».
    Mais finalement, vous avez raison, le plus terrible, ce sont les humains en eux-mêmes et leur intolérance. Parce qu’aujourd’hui, il n’y a peut-être plus de guerre en France, pourtant, on a trouvé pleins d’autres raisons à la con pour humilier nos semblables (et pas que les femmes !), dès la cour de récréation d’ailleurs : trop gros, trop maigre, trop pauvre, trop mal habillé, trop fragile, trop gentil, trop travailleur et donc trop faillot, trop bizarre, trop moche, trop intelligent, trop stupide,etc… Comme l’être humain est moche parfois !

    Paul Elaurd, Sabine : 2 âmes indignées, 2 écrivains pour nous l’exprimer brillamment et nous faire réfléchir ! Bravo !

  5. Nurse 24 says:

    Avant hier, hier, aujourd’hui… rien a changé… j’ai peur de demain…
    Je ne sais qui remercier de ce cadeau immense, j’ai eu l’honneur et la chance d’avoir eu un père qui m’a eu sur le tard pour nous partager ce qu’il a entendu, vu et vécu pendant cette guerre. Mieux parfois qu’un manuel d’Histoire, sa maturité a été la base de mon éducation. Il avait 9 ans quand elle s’est déclarée. Jamais il n’a eu de propos haineux envers cet ennemi parce qu’il nous a enseigné avec ma mère l’amour des siens et des autres, le respect! Il nous a raconté un bon nombre d’histoires sur cette guerre et celle qui me revient à l’esprit lié à ce beau récit, Sabine, est l’histoire de sa cousine qui est tombée follement amoureuse d’un allemand, il l’aimait aussi. Il était de la wehrmacht (non de la gestapo pas possible!). Elle tomba enceinte et lui, au vue de cette relation, fut envoyé sur le front russe (cf Stalingrad avec ses plus de 1200000 de morts…). Elle ne l’a jamais revu. Aujourd’hui, par secret, par pudeur je ne sais, l’enfant aujourd’hui grand mère ne sait toujours pas la vraie histoire. Mon père, après de longues années d’absence ( presque 60 ans) l’a revue quelques mois avant sa mort , des retrouvailles à en couper le souffle et ne le lui a jamais dit par respect et pudeur encore ( il était jeune à cette époque et a gardé le secret de ses anciens) envers cette femme blonde comme les blés avec de grands yeux bleus ( pas un blond dans la famille…je vous laisse à qui elle ressemblait) , si heureuse et fière de lui montrer ce qu’elle est devenue. Elle n’avait qu’un seul père celui qui l’a élevée, celui qui s’est mariée avec sa mère fille mère. Et parce que la dignité, le droit d’aimer, le respect sont des valeurs si ancrées dans ma famille que pas un salaud de francais, celui qui s’est planqué et qui a gueulé quand l’armistice a sonné, ne s’est approché d’elle pour la tondre. Elle a été protégé par les femmes de ma famille au caractère bien trempé ( je ne sais vraiment pas de qui je tiens 😜). Et pour vous montrer à quel point, ces femmes n’avaient peur de personne, je vais vous en raconter une deuxième vue dans les yeux de mon père alors qu’il n’avait que 15 ans. Outre les histoires de résistance si glorieuses, c’était un matin dans un village de l’Aisne, ma région natale. L’armistice est là, 3 soldats allemands , un jeune à peine majeur, un homme d’âge mûr et un ancien, faits prisonniers, sont amenés sur la place du village. Affamés et amaigris, il pleuvait des insultes et des crachats sur ces simples soldats de la part de français qui, n’avaient jamais levé le doigt pendant cette guerre. Une femme d’une cinquante d’année gifle soudain le plus jeune. Ils étaient comme vous le savez arrivés sur les champs de bataille en fin de guerre car Hilter ne sachant plus quoi faire à envoyer des hommes anciens de la guerre de 14/18 ou des mineurs. Ma grand mère pas fine du tout s’est approchée de cette française ignoblement courageuse et lui a collé une gifle à en lui dévisser la tête et mon arrière grand mère a donné un morceau de pain à ces soldats qu’ils l’ont mangé si vite qu’ils commençaient à attaquer leurs doigts sans s’en rendre compte.
    Je vous prie donc d’excuser ce long texte mais il est mieux parfois de raconter que de commenter.
    Fière d’où je viens et de la femme que je suis devenue aujourd’hui, je leur dois et je dois leur rendre cet honneur.
    La haine va te faire f…..😡

    1. Sabine Thierry says:

      très émue par votre texte,
      vos lignes sont importantes.
      Rendre hommage au courage,
      vous pouvez être fière,
      quand à vous…ne changez rien!
      merci tout simplement.

      1. Nurse 24 says:

        Merci à vous et merci de me traiter à ma juste valeur comme peu le savent…
        Criminelle est la haine, Éternel comme mon tatouage…omnia vincit amor, et nos cedamus amori…on en revient…
        Douce nuit 😘

    2. Christelle77 says:

      Quelle vie ! Quelles leçons ! On ne peut pas être lâche et intolérant quand on a dans le sang un tel passé ! Merci beaucoup de nous transmettre cela, même si nous ne sommes pas de votre famille !

      1. Nurse 24 says:

        Merci Christelle, et que vos mots sont justes, ma famille vous honore
        parce que vous soulignez que la transmission est la base de l’éducation, l’éducation la garante de la paix

  6. Lili says:

    Tant qu’il y aura des hommes…est-on coupable d’aimer ?

    La femme (je précise que je ne suis absolument pas féministe…) reste tout de même celle qui paie le plus cher l’addition…aujourd’hui, de par le monde, il y a des milliers de femmes issues de guerres en Afrique, Syrie et autres qui ont été utilisées comme armes de guerre : violées par l’ennemi puis répudiées par leur propre mari et/ou famille. Comment est-ce possible ? La haine n’a pas de limite, elle est liée à la bêtise, à l’ignorance, à la peur, à la lâcheté, « c’est pas moi, c’est l’autre » …soyons vigilants et honnêtes : tout cela se passe aujourd’hui et nous laissons faire, nos gouvernements ont d’autres intérêts, l’être humain n’est pas une équation économique …dans une vision court-termiste…
    L’Amour ne doit jamais être condamné, puni, méprisé, comment résister au plus beau sentiment qui nous habite…
    Une pensée pour tous ces hommes, ces femmes et leurs enfants, ces petits « bâtards » de « boches » qui ont souffert parce que l’Amour…et pour tous ceux qui souffrent aujourd’hui et demain…cela se passe aussi ici et maintenant…

  7. Pascale says:

    Situation insoutenable … ! la guerre …
    Etre en mode survie …
    Suivre le troupeau et n’avoir pas le choix
    Vivre des humiliations …
    Etre dans la peur
    ET
    Tout cela pour quoi ?
    Vous nous délivrez encore une fois un texte touchant … qui mérite toute notre attention sur les faits historiques

  8. Chantal says:

    Que de barbaries pendant ces guerres je me rappelle maman me dire que lors de la guerre 39 45 un soldat allemand lui avait expliqué que lui aussi souffrait de cette guerre qu il avait lui aussi des enfants et une femme qui lui manquaient. Il avait senti que ma grand-mère seule mon grand-père étant prisonnier avait bien du mal à joindre les deux bouts et il avait adouci leur quotidien en leur donnant à manger et voyant ma grand-mère tellement malheureuse de ne pas avoir de nouvelle de son homme il s était arrangé pour qu elle puisse en avoir alors oui c était la guerre et des choses affreuses ce sont passées mais il y avait des gens bien dans les deux camps et l’amour pouvait bien y trouver sa place. Je pense que comme aujourd hui ce sont quelques fous qui peuvent entraîner les faibles dans leurs méchancetés. A nous de veiller à ne pas accepter ça autour de nous

    1. Sabine Thierry says:

      encore des femmes aux semelles de vent,
      bravo à elles.
      Merci d’avoir partagé votre histoire.
      Vous pouvez être fière d’elles.

  9. Domino says:

    Cette photo me noue les tripes, me glace le sang ! Quand j’étais petite, il y avait une femme dans mon village qui avait été tondue à la libération… Son tort : être seule, son mari parti à la guerre, et 4 enfants à nourrir… Je me souviens que les gens disaient du mal d’elle et que moi, dans ma tête d’enfant qui n’avait pas toutes les informations nécessaires, je la plaignais quand même …Aujourd’hui je me dis que j’aurais fait comme elle. Pour mes enfants … pour survivre…
    On voit bien encore là comment les femmes sont traitées dans notre société. Car on peut dire « c’était une autre époque » … Mais je pense que ça serait pareil aujourd’hui…
    Quant aux soldats allemands… ils étaient des hommes aussi, avec leurs sentiments et leur souffrance.
    Tout n’est pas tout blanc ou tout noir. Le manichéisme, c’est dans les dessins animés.

  10. chantal11 says:

    Des femmes tondues,des gens tués on se demande pourquoi
    Une image forte, des visages terrorisés , l’humiliation
    Insoutenable également les expériences de tortures scientifiques
    « Réfléchir sur la folie des hommes et,les dangers de l’intolérance »
    Les dangers de l’intolérance,certes,l’intolérance excessive,surtout ne pas rester indifférent…
    La tolérance peut être aussi une forme de lâcheté
    Beaucoup de plaisir, d’enseignement,réflexion à lire vos textes,vos mots
    Enrichissant

    1. Josiane says:

      J’ai vu le reportage du Dr Michel Cymes,petit fils de deportes…..,les expériences « scientifiques »faites sur les femmes,les jumeaux,les homosexuels……toute cette torture…..

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